Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 21:33
Avaient ils raison: L'oregon du pinot noir ?

Ce soir, c'est surprise. Des vieux pinots noirs de l'Oregon, vous connaissez? Qui connait en fait, même aux USA où on a tendance à tout boire jeune?

L'oregon n'a commencé à voir planter des raisins vers les années 1830 (Californie 1774) avant que la prohibition (1914) ne fassent disparaitre les rares propriétés qui en vivaient. C'est vers les années 1965 que les premières vignes ont à nouveau été plantées avec pour personnage le plus connu David Lett du dompaine Eyrie, toujours un des meilleurs. Les domaines représentaient 40 hectares dans les années 70, pour maintenant plus de 10000 Ha, essentiellement consacrés au pinot noir devenu très à la mode depuis le film sideways.

Avaient ils raison: L'oregon du pinot noir ?

La différence avec la Californie, qu'avaient remarqué les pionniers de l'Oregon, ce sont les nuits froides nécessaires aux cépages du nord de l'Europe: cela permet de développer lentement de nombreux parfums, qui n'ont pas le temps de se développer du fait d'une maturité rapidement atteinte dans des régions plus chaudes comme la Californie..

Le pinot noir représente 72% de l'ensemble des cépages plantés en Orégon.

Regardez bien les grandes similitudes en terme de températures et d'exposition solaire entre l'Oregon (McMinnville) et Beaune en Bourgogne, et leurs différences avec la vallée de Napa en Californie.Regardez bien les grandes similitudes en terme de températures et d'exposition solaire entre l'Oregon (McMinnville) et Beaune en Bourgogne, et leurs différences avec la vallée de Napa en Californie.

Regardez bien les grandes similitudes en terme de températures et d'exposition solaire entre l'Oregon (McMinnville) et Beaune en Bourgogne, et leurs différences avec la vallée de Napa en Californie.

Les sols sont au titre de 3: volcanique, calcaire, loess. Le plus classique et représentatif est celui d'origine volcanique appelé Jory. Il est basaltique et apporte outre une minéralité un profil de fruits rouges, mais aussi un côté terrien. Il existe un autre type calcaire lacustre qui est beaucoup moins fréquemment planté par les meilleures propriétés, qui lui amène à des vins plus austères, développant leurs parfums très lentement en bouteille.

Après les pionniers des années 60, sont arrivés une deuxième vague dont les Drouhin, Ken Wright, Cristom et Serene que nous dégusteront ce soir.

Ils sont considérés comme faisant partie des meilleurs vignerons de pinot noirs. Ils ont pour la pluspart, après une phase d'expérimentations, compris l'importance de ce que les Bourguignons faisaient par tradition pour arriver à un pinot noir de haute race. Les futs neufs du début sont allés se rhabiller. Il y a eu beaucoup de coopérations entre ces petits propriétaires. La "Wine industry" a très peu pénétré ici, et ci elle a parfois acheté quelques petites parcelles, c'est pour faire leur vin dans le même esprit, un peu comme les différences Bordeaux des grands chateaux - Bourgognes des paysans-artisans.

Elle a bénéficié de l'entraide de ceux, ils sont rares, qui ont été formés en Bourgogne comme Steve Doerner du domaine Cristom (formé chez les Dujac). Lui a aussi passé du temps chez Josh Jenssen au domaine Calera près de Carmel, donc beaucoup plus chaud et situé très en altitude, formé lui à la DRC et Dujac (site). NDLR: j'ai en cave 5 différentes cuvées de pinot noir 2012 de Calera depuis 1 an que je laisse vieillir pour une dégustation à venir dans 5-10 ans.

Leur idéal reste les plus belles cuvées de la Bourgogne, même si on entend parfois le discours type nouveau jugement de Paris où telle cuvée de l'orégon a battu tels et tels premiers ou grands crus des cotes de Beaune et de Nuits tenus par les "marketers" des appellations.

On boira des grandes choses:

- Eileen vineyard de Cristom 2003: la sucrosité le fait placer immédiatement hors de France (on déguste à l'aveugle). Il est tout de même long et intense. Il possède comme les autres des parfums de rose, une amertume. Ile st celui qui est le moins apprécié. Beaucoup ont reconnu sa parenté avec le suivant.

 

- Marjorie Vineyard de Cristom 2003 (4 Ha) qui est la parcelle à côté: Tannins serrés, long, intense. La sucrosité est toujours présente, mais beaucoup moins en avant que dans le précédent. Même parfums très divers (bois, rose, poivres, zan) avec une longueur impressionnante. 2003 était une année très chaude en Oregon aussi.

Ces deux là sont vinifiés en raisin entier et Bettane et Desseauve les situent au niveau d'un Bonnes Mares ou d'un Clos de la Roche

 

- Nysa Vineyard 2000 de Ken Wright situé dans les Dundee Hills : Très beau vin, d'une grande longueur et persistance. Toujours une discrète sucrosité qui rend ces vins, sauf le 1 reconnaissable hors de France. Certains d'entre nous n'aiment pas du tout, notamment du fait de la coexistence d'un petit coté perlant et de la sucrosité.

 

- Carter vineyard 1999 du domaine Serene (qui possède depuis peu une propriété en Bourgogne comme aboutissement d'un rève: chateau de la Crée): Très joli vin, long en bouche, rond avec du bois bien intégré, assez bourguignon moderne.

 

- Cuvée Laurene 1999 du domaine Drouhin qui réunit les plus belles barriques. Les vignes sont en assez haute densité, ce qui est le seul point sur lequel ils n'ont pas réussi à influencer les autres wineries de haute qualité. 20% de futs neufs français: Un grand vin, long, élégant, parfumé avec une persistance digne des meilleurs vins. Le meilleur pour tous.

Une très belle dégustation, avec une découverte étonnante. Pour progresser encore, il faut que les vinificateurs fassent disparaitre cette petite sucrosité.

Pour aller plus loin: ici,

Ken Wright

Drouhin

Domaine Serene

pour ceux qui ont un abonnement au monde, un reportage sur les Drouhin en Orégon

Avaient ils raison: L'oregon du pinot noir ?
16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 15:05
Les vignobles de Chablis (les vignes sont au fond, de l'autre côté du village)

Les vignobles de Chablis (les vignes sont au fond, de l'autre côté du village)

Thomas Pico est jeune, un peu plus de 30 ans. Il a repris avec passion une activité que sa famille exerce depuis plusieurs générations, la viticulture. Il s'est naturellement attelé à tout convertir en agriculture biologique, obtenant la certification ECOCERT depuis 2009 pour son domaine, Pattes Loup, et 2010 pour celui de son père, le bois d'Yver. Il laisse pousser l'herbe, a embauché des ouvriers pour faire à la main un maximum de taches. Donc, pas de machine à vendanger chez lui.

Thomas Pico (copyright vins étonnants, site remarquable de vente)

Thomas Pico (copyright vins étonnants, site remarquable de vente)

Il essaie d'avoir une maturité assez aboutie, ce qui n'est pas toujours facile sur Chablis où il est installé. Il ne fait que du chardonnay, pour certains pieds appartenant à la variété dite muscatée. Les vins sont depuis 2012 en grands foudres de 500 l (demi-muid), venant notamment de Stockinger en Autriche. Les rendements sont de 40 hL/Ha.

2012 est un très beau millésime vendangé à partir du 25 septembre.

Les vignes de Thomas Pico (carte copyright H Johnson, F Robinson; Flammarion ed)

Les vignes de Thomas Pico (carte copyright H Johnson, F Robinson; Flammarion ed)

Cote de Jouan (vigne de 25 ans sur des argiles brunes très pentues avec un sol pauvre argilo calcaire sur des marnes kimméridgiennes dans le prolongement du Montmains):

Beauregard (cru à 280 m d'altitude, dans un cirque, avec des argiles blanches et une veine d'argile bleue. age: 25 ans. Il s'agit du cru le plus au sud de l'appellation):

Montmain:

Vaillons (sur le séchet, 25 ares en fermage):

Butteaux (une des trois parties du Montmains avec Foret: exposition sud est, à 160 m d'altitude sur des argiles brunes. Vignes de 50 ans et une autre parcelle de moins de 10 ans. Elevage à 40% en fut neuf en 2012, "par erreur"):

7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 12:22

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chinon, un des phares de la Loire, n'est produit qu'à partir de cabernet franc (et chenin pour le Chinon blanc) depuis le XIIème siècle.

Charles Joguet est un mythe à Chinon. Il a commencé les vendanges à la mort de son père en 1957. Il a l'intuition qu'il faut séparer les différentes parcelles pour profiter des qualités de chacune. Le Clos de la Dioterie avec ses très vieilles vignes est déjà connue comme de très haute qualité. Il va planter ses autres parcelles, clos du chêne vert, les varennes du grand clos entre 1962 et 1976. Il sera un des premiers à replanter des vignes franches de pied dans les varennes du grand clos en 1982. Autre innovation, il sera un des premiers dans sa région à installer des cuves inox en 1975. Il ne cessera pas de chercher pour améliorer son vin.

Il évoque la sensibilité du vigneron pour conduire un vin à devenir grand et non pas simplement bon. Kermit Lynch dit de lui dans "Mes aventures sur les routes du vin" (Payol ed) : "Ce n’est pas seulement que Joguet fait du bon chinon : c’est l’un des rares viticulteurs dont les vins sont passionnants au point de vue esthétique, spirituel, intellectuel, autant que sensoriel… Je vois Charles comme un artiste de scène et son vin comme sa chanson ou son numéro. Il refuse de jouer la sécurité "

On a bu:

- Varennes du Grand Clos 96: plein de parfums de cerise, fleurs mais manque un peu de longueur.

- Varennes du Grand Clos 89: mangot vert, bois précieux, sous bois, fruits à l'eau de vie avec une sensation de sucrosité témoignant de l'année chaude. Plus long que le précédent.

- Clos du chêne vert 96: très austère avec une note de fumé et de suie, il est comme un édifice gothique mais divise les dégustateurs.

- Clos de la dioterie 1995 VV: Grand vin avec une ligne droite d'amertume noble sur la langue qui se fond avec l'ouverture. Grands parfums de mangot, rose ancienne, zan, poivre, pamplemousse apportant une note fumée avec une longueur et une élégance insignes. Grand vin.

- Clos de la dioterie 1983 VV: du même acabit, avec un peu moins de trame acide et une note de suie étonnante. L'équilibre est sur l'amertume, le chocolat, la réglisse. Grand vin.

Une grande dégustation qui a surpris tout le monde avec des vins d'un fou, des parfums qu'on n'aurait jamais attribué à un Chinon. Beaucoup d'entre nous ont été étonnés par le vieillissement très harmonieux de ces vins.

Pour aller plus loin: ici,

22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 12:37
Chai ultramoderne de Bel Air Marquis d'Aligre  copyright Jacques Perrin

Chai ultramoderne de Bel Air Marquis d'Aligre copyright Jacques Perrin

Le chateau dernier cri Bel Air Marquis d'Aligre Copyright Jacques Perrin
Le chateau dernier cri Bel Air Marquis d'Aligre Copyright Jacques Perrin

Cette verticale de Bel Air Marquis d'Aligre a apporté de grandes surprises à ceux qui croyaient connaitre les Bordeaux. Une autre façon de voir cette grande région, originale comme les vins des Mitjavile, dans une autre voie, le confit frais. Une exception dans l'oenologie Bordelaise, d'ascendance universitaire qui a rayonné dans le monde entier. Cette propriété n'a jamais été intégrée dans le pool des crus classés comme aurait pu lui permettre son terroir de haute qualité tout simplement parce que elle refuse de vendre son vin au négoce depuis bien avant 1855. Or, ce sont les prix des courtiers qui font le prix, sur lequel était basé ce classement. Il a été nommé grand cru bourgeois exceptionnel en 1932 comme 5 autres vins (dont Poujeaux).

Les vins sont issus du terroir de haute qualité de virefougasse, dont le principal défaut est de risquer les gelées.

Cela fait 65 ans que JP Boyer fait ce vin. Il a essayé au départ, cad bien avant tout le monde, le fut neuf. Cette expérience n'a duré qu'une année car ne lui a pas plu. Le tout passe 3 à 4 ans en cuve ciment sans voir le bois depuis plus de 60 ans.

JP Boyer a une telle exigence personnelle qu'il ne met rien en bouteille quand cela ne lui convient pas: par exemple, il n'a rien mis en bouteille en 1991, 1992, 1993, 1994 et 1997!

Tous les cépages sont complantés, tout est vendangé et vinifié ensemble comprenant 30 % de Merlot, 30 % de Cabernet Sauvignon, 30 % de Cabernet Franc et 10 % de Petit Verdot. Il possède des vignes franches de pied, et un répertoire de vieux cépages oubliés.

Les vins ont été parmi les meilleurs dégustés cette année, notamment les 1982, une symphonie de bois précieux, 1976 et 1975 excellents même si il y a des nuances entre nous, puis 1967 une perfection comme on en boit peu.

Il y a une grande finesse dans ces vins, sans faiblesse, avec de nombreux parfums tirant vers la Bourgogne.

Grande découverte. Margaux peut être fière, la pluspart des 1ers crus des années 60 et 70 n'ont pas cette classe. Il montre qu'il y a d'autres voies que tous les artifices oenologiques, qui sont inutiles en matière de qualité si cela ne s'accompagne pas d'une recherche de la qualité. Ce vin montre aussi que gouter un vin jeune ne prédit pas forcément l'avenir, comme on l'a vu avec le 2005. L'oenologie Bordelaise moderne a apporté une sécurité dans la réalisation des vins, pronant des éléments qualitatifs comme leur récolte mure. Mais, l'utlisation du bois neuf même en petite quantité (beaucoup plus petite qu'auparavant) n'est pas une nécessité absolue, on peut faire un grand vin autrement. L'honnêteté est ce qu'il y a de plus important. Et JP Boyer est un homme de la plus grande honnêteté. Il doit former des jeunes pour ne surtout pas perdre ses connaissances.

Pour aller plus loin:

http://vins-etonnants.blogspot.fr/2013/11/bama-initiales-pour-inities.html

http://www.cavesa.ch/blog/le-rayas-de-margaux/

http://www.cavesa.ch/blog/embarquement-immediat/

http://www.cavesa.ch/blog/miracle-a-margaux/

26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 11:28

Les Super toscans, vins de cépages Bordelais en Toscane où ils n'avaient jamais été planté par le passé, ne nous avaient vraiment pas convaincu il y a près de 10 ans maintenant. Le prix extravagant obtenu par les premiers d'entre eux, ont fait de nombreux émules, et surement permis l'obtention d'une appellation. Côté surfait, extrait de bois, manque de finesse, extraits massifs primaires de fruits rouges et noirs, plus proche du taureau que du papillon. Certains viticulteurs toscans ont réagi dès le début des années 80 non pas à la façon non traditionnelle de faire le vin, mais pour promouvoir les cépages locaux élevés selon la méthode moderne. Nous gouterons 5 vins très réputés dans ce domaine, pour voir s'ils sont du même accabit que les supertoscans originaux.

- Montevertine 2007: cépages sangiovese, canaiollo et colorino sur environ 2 Ha. Beaucoup de finesse, avec une longueur moyenne.

- La Gioia 2006: Boum, fruit noir, fruits rouges en bouche avec un nez plus interressant que cette grosse Bertha au boisé trop marqué.

- Felsina cuvée Fontalloro 2006: pur sangiovese de sol calcaires et pierreux situés vers 400 m. C'est là aussi un vin massif, beaucoup trop extrait, asséchant avec un élevage trop démonstratif.

- San Giusto et Rentennano cuvée Percarlo 2003: Caricature de vin massif, typé vin américain archi-boisé et écœurant.

- Montevertine cuvée le Pergole Torte 2007: On s'approche du grand vin, avec des parfums très riches et fins, une belle longueur, du bois précieux, de la rose ancienne avec beaucoup d'élégance.

Conclusions: certains de ces vins sont clairement destinés aux néoconsommateurs, du nouveau monde ou ne connaissant rien au vin. Le domaine Montevertine montre qu'on peut obtenir de l'équilibre et beaucoup de finesse en Toscane. Notre impression est que c'est surement plus facile de faire du boum boum que trouver de la finesse.

13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 20:58
JF Ganevat dans sa cave (copyright Wine testing)

JF Ganevat dans sa cave (copyright Wine testing)

C'est simple, dès qu'il y en a à vendre sur un site, en moins de 1 jour tout est pillé. Et ce, quelque soit la quantité (généralement faible), et même pour certaines cuvées quelque soit le prix (qui est généralement raisonnable).

Jean François Ganevat, dit Fanfan, est un vigneron de caractère formé aux grands blancs de Bourgogne (10 ans au domaine Jean Marc Morey à Chassagne). Il représente la 14ème génération de Ganevat sur ces terres depuis 1650. Installé à Rotalier depuis 1998, il est aussi un chantre des cépages du Jura (25 différents dont le melon à queue rouge, savagnin vert, enfariné, portugais bleu..), dont fait partie le chardonnay. Il travaille en biodynamie sur 9 hectares avec de très nombreuses cuvées. Certaines sont cultes comme les chalasses (vignes de 1902) ou les grandes teppes (vignes de 1919), d'autres beaucoup plus rares et produites en de toutes petites quantités.

Dans le Jura, les vins sont volontiers et traditionnellement non ouillés, c'est à dire laissés non protégés de l'air, donc de l'oxydation avec un paroxysme dans le grand vin jaune. Cela apporte des goûts prononcés de noix, de curry.

JF Ganevat lui fait des vins élevés à l’abri de l'air pendant de longs moments: 5 ans (schistes) voire carrément 11 ans (les vignes de mon père)! Pas de souffre, levures indigènes, il travaille tout à la main et emploie une personne par hectare. Les rendements sont très faibles (40 hl/ha en moyenne), atteignant dans certaines parcelles 10 hl/ha.

Les vins de ce domaine ont de l'acidité et de la matière, qu'on se le dise!

On boira ce soir là:

- Florine (chardonnay ouillé) 2006:

- Schistes (savagnin ouillé élevé 65 mois) 2004:

- Chalasses marnes bleues (savagnin ouillé élevé 2 ans en demi muids = 500 l, vigne de 1930) 2007:

- Les grandes Teppes (chardonnay ouillé) 2006:

- Les vignes de mon père (savagnin ouillé) 2000:

Puis, on boira une petite lampée de SulQ, liquoreux de passerillage.

28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 12:24

A quelques pas d'Angers, cette appellation est un des sommets du chenin, totalement méconnu du grand public. Pourtant, ses vins issus essentiellement de schistes, apportent une contribution passionnante à l'approche de l'amertume. Ah, vous comprenez pourquoi elle reste peu connue. L'amertume se mérite. Il y a plusieurs voie pour contrebalancer ces amers, qui sont l'équilibre de ces vins:

- la voie classique, où l'acidité et/ou la minéralité vont emmener un équilibre classique

- une voie toute récente et très peu utilisée jusque lors pour des vins secs issus de chenin, l'élevage en fûts neufs tel que le pratique Eric Morgat.

Les vins que nous vous présentons ce soir sont issus de rendements généralement bien inférieurs à ce que permet l'appellation (50 hl/ha), plutôt vers 30 hl/ha voire moins.

Les coteaux de Savennières sont tournés vers la Loire, quand les coteaux ne sont pas sur ce fleuve majestueux.

Seront bus ce soir:

- Le vieux clos 1995 (domaine de la coulée de Serrant): en dessous de la coulée de Serrant, avec un terroir de schistes gréseux parcourus de veines de quartz et contenant du sable. Un vin magnifique avec de très beaux amers, des parfums envoutants d'abricots sec, d'ananas confit. Un liquoreux au nez parfaitement sec en bouche.

- Eric Morgat "l'enclos" 2006: vin issu d'un terroir contenant en plus des schistes des veines volcaniques. Aucun d'entre nous ne veut le défendre, car l'élevage apporte des gouts pâtissiers. Au nez, nous avons l'impression de rentrer dans le laboratoire de pâtisserie de Philippe (dixit lui même). Cette voie ne plait à aucun d'entre nous, l'équilibre par l'apport de goûts lourds n'apportant rien à la cristallinité des vins de cette région qui nous apparait comme un élément essentiel à l'équilibre général de ces vins. Il ne donne aucune envie de le reboire.

- Domaine Laroche "la roche aux moines" 1990: schiste vert. Malheureusement, un bouchon l'a trahi, parce que ce vins exhibe une très grande finesse sur le tilleul, le fenouil, la rhubarbe avec une grande longueur.

Puis, nous passons à des vins à l'équilibre demi-sec dont on sait qu'avec l'âge, le sucre va disparaitre, laissant les arômes de liquoreux.

- Domaine du Closel 1989 "cuvée madame": je ne sais pas exactement quelles parcelles du domaine ont été utilisées cette année. Cette cuvée n'a jamais été refaite par la suite. Mais quel vin! Il ressemble au clos Joliette par ses parfums et son caractère de liquoreux sec sur l'ananas, la mangue, le curry avec une très très grande richesse. Un très grand vin. Robert Parker a qualifié ce domaine de Montrachet de la Loire, on ne peut être que d'accord.

- Enfin, le chateau d'Epiré cuvée Armand Bizard" 1989: une explosion de saveurs, une longueur et un équilibre hors normes. Un très très grand vin qui a encore un grand avenir devant lui.

Les Savennières nous ont apporté de grands plaisirs. La voie du fût neuf ne nous plait pas, les méthodes classiques respectant la cristallinité naturelle du chenin amenant à des équilibres miraculeux. Une très grande dégustation.

21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 01:36

De 1988 à 2002, nous gouterons pour les 10 ans du club ce monument qui se hisse à la hauteur des meilleurs vins de France et du monde. Les prix ne nous rendraient plus possible cette dégustation qui heureusement a été achetée il y a plus de 5 ans. Hormis la très rare cuvée Cathelin, cette famille continue à croire en l'expression traditionnelle de cette colline au travers d'un assemblage des différentes parcelles qu'elle possède. Les qualités des différentes parcelles, force, velouté, parfums, minéralité, charnu vont permettre un vin à la fois d'un plus bel équilibre et d'une plus grande complexité que chaque parcelle si elle était seule. La propriété fait tout de même 10 hectares en rouge, mais les vins sont extrêmement difficiles à obtenir.

Nous boirons

2002

2001

1998

1996

1988

Pour ceux qui veulent aller plus loin, cette video

5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 13:44
La méthode traditionnelle de culture des vignes originale de Santorin ("koulara"), qui permet de limiter l'évaporation.

La méthode traditionnelle de culture des vignes originale de Santorin ("koulara"), qui permet de limiter l'évaporation.

Koulara

Koulara

La grèce du vin

Loin des débats sur la dette, au moment du vote pour ou contre, voici venir le temps de gouter ce pays par la bonne voie. Nous boirons 5 bouteilles, 4 blancs secs et un rouge.

Un des grands avantages de ce pays consiste dans la présence de nombreux cépages indigènes. Rien que sur l'île de Santorin, il semble que 30 cépages exclusivement grecs soient cultivés. De plus, gros avantage, ils sont souvent francs de pieds sur les zones d'origine volcanique où on ne trouve de sols que sableux, d'origine volcanique où le phylloxéra ne se plait pas. Ces cépages sont bien adaptés et conservent de le fraicheur, souvent en compétition avec une forte identité minérale.

Commençons par

- Paliokalias du domaine Dalamara 2009 (AOC Naoussa située sur l'île de Paros dans les cyclades): des vignes de xinomavro franches de pieds cultivées en biologie donnent sur sol de calcaire de travertin et argile, après élevage en fut, des notes de petits fruits rouges notamment la cerise, mais aussi des fleurs et une touche minérale. Il s'agit là d'une cuvée parcellaire. Rustique, astringent, court, mais avec quelques parfums intéressants comme la prunelle.

- Efranor du domaine Sklavos (IGP coteaux d'Aïnos) 2011: domaine en agriculture biologique sur l'île de céphalonie.Les cépages :60% Moscatela, 35% Vostylidi et 5% Zakynthino, de vignes franches de pied. Il est élevé en cuve 9 mois, venant d'un sous sol d'argiles blancs et de marnes calcaires. Typique du muscat, perlant, pas très long, il est agréable pour l'apéro.

- Aïdani du domaine Hatzidakis 2011: sur sol de tuf, de pierre ponce et de laves noires. Ce cépage indigène des cyclades est produit en biodynamie sur l'île de Santorin, élevé en cuves. Il délivre des notes de fruit (litchi, bergamote, rose et floral) et minérales (salines, souffre volcanique). Long, ça part dans tous les sens sans grand rangement, avec du miel, des fleurs blanches, un verger de légumes et fruits verts comme la rhubarbe. Petite sucrosité qui se marie bien avec les fruits de mer en tom Kha Gai thaïlandais.

- ASSYRTIKO DE MYLOS du domaine Hatzidakis 2009: toujours de l'île de Santorin, le grand cépage assyrtyko ressemble souvent au riesling. Il est ici issu de très vieilles vignes sur une parcelle appelée Mylos. Il est aussi élevé en cuve, mais pour 12 mois. Long, salé à l'évidence, c'est un vin ressemblant à un Tio Pépé du sud de l'Espagne.

- Pyrgos 2010 du domaine Hatzidakis 2010: Parmi les plus vieilles vignes de la planête, 300 ans probablement, franches de pieds, donnent ce vin énorme par sa bouche, son acidité due au cépage assyrtiko cultivé en biodynamie. Quelques centaines de bouteilles par an, pas plus. Très grand vin, qu'un d'entre nous compare à Y d'Yquem, avec des parfums de liquoreux sec, salé, très très long, se mariant parfaitement aux crevettes à la crëme.

Une dégustation à l'aveugle qui a surpris tout le monde sur l'origine. En dehors du dernier, ces vins n'ont pas fait l'unanimité.

27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 00:48
François Mitjavile (copyright ENOS)
François Mitjavile (copyright ENOS)

Nous aurons la chance de déguster ce très grand cotes de Bourg, que la famille Mitjavile bichonne depuis 1988, sur une verticale. Ce vin dépasse les 50 euros, prix supérieur à beaucoup de grands crus classés.

Un ami a fait l'expérience de faire déguster à l'aveugle Roc de Cambes à un propriétaire viticulteur de Pomerol et de crus classés de Saint Emilion dans un petit millésime parmi d'autres vins. Il a adoré mais n'a jamais voulu croire qu'il s'agissait de 1993.

Pourquoi est il si apprécié?

Son grand frère, Tertre Roteboeuf, dont nous avions dégusté le millésime 1995 avec d'autres grands Saint Emilion, a montré la voie depuis 1978 d'une nouvelle façon de concevoir le Bordeaux. Roc de Cambes a suivi avec le succès que je viens de vous décrire. Pour François Mitjavile, Roc est un terroir aussi grand que Tertre. Il y met exactement les mêmes moyens humains et financiers pour produire chaque vin. Objectifs: volupté et émotion.

Cette voie, c'est le confit frais. Rien à voir avec la puissance moderne teintée de chêne neuf pronée par certains oenologues à succès. Ceux qui ont dégusté de grands chateauneuf du pape, ou de grands Bandol d'année très chaude, savent qu'en bouche, le vin tire vers le confit. Bordeaux est plus septentrional, moins chaud et donc permet une fraicheur naturelle beaucoup plus facilement que dans ces vignobles dits du sud. Or, rien n'interdit de récolter en légère surmaturité, tout en permettant par une viticulture draconienne de conserver cette fraicheur. Il faut juste du courage pour tout conserver sur pied alors qu'autour de vous tout le monde a récolté. Ceci permet d'obtenir des raisins, puis des vins, aux arômes confits mais conservant la fraicheur habituelle. C'est donc cette voie, inhabituelle et "extravagante" qui a été choisie aux châteaux Tertre Roteboeuf, Roc de Cambes et domaine de Cambes (4 Ha en pied de cotes de Roc de Cambes).

Roc de Cambes fait 10 hectares en forme de tertre argilo-calcaire ouvert sur l'estuaire de la Gironde, 60% de merlot, 25% de cabernet sauvignon, 10% de cabernet franc et 5% de malbec donnant 10 à 40000 bouteilles par an. Les vins sont assemblés dès le début des fermentations. Ici, on ne fait pas de second vin, tout va dans le premier vin, ce qui nécessite des raisins parfaits. Les vins sont élevés dans des futs neufs du tonnelier Radoux, de chauffe blonde.

Nous boirons 5 millésimes:

1989: Magnifique vin, dont le seul défaut est de manquer un peu de longueur, mais il fait la roue de paon.

1991: la rivière a protégé les raisins de cette grande année de gel; ils ont été récolté intacts très tard en novembre. Personne d'autre n'a fait cela dans la région. Le vin est encore très beau avec de nombreux parfums d'évolution

1998: l'ascète, droit comme un I, il est encore très jeune. Belle longueur et grande droiture.

2000: somptueux, il est un repère de parfums exotiques, avec la droiture du Bordeaux. Très étonnant et délicieux.

2004: pas aimé ou pas compris? Il reste très corpulent, boisé.

Il s'agit d'une grande dégustation, qui illustre bien cette idée de confit frais, alliant les sensations d'un chateauneuf d'une année chaude, l'acidité en plus. Un équilibre subtil pour un vin d'artiste.

Quelques vidéos: ici,

Présentation

  • : Vins de Martinique
  • : Les aventures de dégustation d'un club oenophile tropical.
  • Contact

Recherche

Pages