Le 10 Septembre 2008 : Embres et Castelmaure, la coopérative exemplaire
Produire le vin de coopérative le plus cher au monde et ne pas lui trouver de nom. Et d'ailleurs, ne pas le vendre : il n'est pas diffusé.. C'est bien
parce que Franck a été là-bas que nous avons pu en avoir !! et même avoir connaissance de son existence..
à G : Bernard Pueyo (vinficateur) et
Patrick de Marien (président)
C'est bien une idée de rêveur qui a pu réaliser, ou plutôt construire la réussite de cette cave coopérative, une des toutes meilleures de France (la meilleure
du sud de la France pour la Revue du vin de France). Il y a 20 ans, Patrick de Marien, le président de la cave, se demandait ce qu'il allait advenir d'eux. Leurs produits ne se vendaient pas. Le
salut, pensa t'il, ne pouvait venir que de la qualité du petit au grand vin. Un grand vin dans cette région était une idée révolutionnaire dans les années 80, en cave coopérative de surcroît..
Plus personne ne le regrette désormais, les vins se vendant sans
aucune difficulté. Les ruptures de stock sont fréquentes, tant les vins sont demandés. Mais, au départ, quand il a fallu expliquer que le raisin
serait désormais acheté au rendement et à la qualité, ça a rué dans les brancards : partout en France, les critères étaient la quantité
et les degrés alcooliques.. Mais, tous ont compris que c'était leur intérêt, leur chance de survie et ont retroussé
leurs manches. Maintenant, un technicien inspecte chaque parcelle des coopérateurs pour compter les pieds, évaluer régulièrement la qualité, la maturité, le respect de l'environnement, goûter
les raisins. Cela permet, outre d'évaluer le prix auxquels les viticulteurs vont être rétribués, mais aussi savoir si les raisins produits seront dignes de la cuvée à laquelle ils sont
destinés. Les propriétaires sont avertis des efforts qu'il faut fournir, autorisés si nécessité de traiter.. Tout est mis en oeuvre pour obtenir la qualité optimale, et ils l'obtiennent. Les viticulteurs sont mieux payés s'ils s'ennuient à produire de la qualité, que s'ils font du volume. Les trop gros rendements sont bannis et les raisins sont
refusés s'ils
ne conviennent pas au standards de qualité minimale : peu faisaient cela il y a 20 ans, à fortiori dans le Languedoc. Puis, l'idée de faire venir Michel
Tardieu le rhodanien et surtout Dominique Laurent l'éleveur de Bourgogne de génie pour leur apprendre à produire des vins d'exception, a commencé à amener
des journalistes, des amoureux des grands vins faits par ces deux accoucheurs de génie (comme à la cave de camplong et de Roquefort). La crédibilité s'est ajoutée au succès des vins initiaux. Une
idée du design et du marketing leur a permis de confirmer ce succès avec des couleurs, un dessin des étiquettes qui fasse plaisir à voir. Les marchés étrangers ont commencé à nous prendre les
précieux flacons de cette coop d'exception
d'autant que notre grand ami Bob a apprécié et donné des notes en rapport. Finie la vieille coopérative (photo), mais un batiment dessiné
par Lacaton et Vassal (photos d'après). Des idées de nouvelles cuvées pour se faire plaisir plein les cartons
avec renouvellement annuel d'une partie de la gamme : les noms sont amusants et décompléxés : la pompadour, interdit aux snobs, les enfants du roc(k), a perpète, la vieille jeep, la
buvette.. Les vins des corbières y ont même gagné en notoriété. Cela a permis à de nombreuses propriétés de tenter une excursion vers les vins de qualité en prenant moins de risques financiers,
puisque la reconnaissance était arrivée à leur porte.
Les vins reposent sur quelques cépages : syrah, mourvèdre, grenache, carignan et très peu de cinsault. Les sols des corbières sont schisteux,
volcaniques ou sableux.
L'environnement est très austère, mais grandiose, composé de magnifiques cirques rocheux gardés par les chateaux cathares. La vigne est partout où la végétation médittéranéenne lui a laissé la
place. En été, le soleil si intense, isole de petits oasis de fraicheur comme la chapelle Saint Felix (première photo).
Ce que nous dégusterons :
- Vive le vin ouvrier : grenache, carignan, cinsault et syrah forment ce vin créé pour les tapas (sic). Surement un bon raport qualité prix. Pas un grand, mais très honnête.
- La pompadour : carignan, grenache et syrah sur des terroirs calcaires et de schiste. Un vin soyeux. Le vin préféré de la soirée; costaud mais parfumé et élégant.
- La grande cuvée : mêmes cépages que le précédent, plus puissant, plus bordelais. Beaucoup moins avenant, plus dur. Ceux qui en ont bu dans le passé ont un peu de mal à convaincre les
autres que ce vin peut être beau.
- A perpète, version non oxydée de la solera, où le vin des années passées éduque le vin nouveau,
sans l'oxydation habituelle du le Xeres qui utilise cette technique. Les cépages sont au nombre de cinq : grenache, carignan,
cinsault, syrah et mourvèdre. Doux, soyeux mais manque de personnalité, de parfums et de longueur.
- La cuvée Numéro 3 : voilà la cuvée qui leur a apporté notoriété et confiance en eux, coachée par Tardieu le rhodanien
et Laurent le bourguignon. Mêmes 5 cépages que le précédent, mais selection et élevages plus aboutis. Très joli pour la pluspart d'entre nous. Parfumé,
élégant et complexe. A point.
- Le point d'interrogation :
produit une seule fois à hauteur de 5000 bouteilles sous la houlette de Tardieu Laurent là
aussi, le vin est composé à 98 % de syrah (2% grenache) avec un rendement digne d'Yquem (12 hl/ha) sans soufre, fermentation et élevage sous barriques neuves. Ce millésime est un des plus grands
qu'ai connu le Languedoc de tout temps. Il est hors commerce et rares sont ceux qui en ont entendu parler. Le vin de coopérative le plus cher du
monde... Deux dégustations mais nous avons imaginé que son nom avait d'autres significations auxquelles nous n'avions pas pensé derechef. Très atypique par
son coté solaire, écrasant. Une deuxième vision a fait totalement disparaitre le bois en laissant un vin très (trop ?) sud. Le rapport QP n'est pas
bon. Le nom veut' il dire qu'on se pose la question de le refaire un jour ?
Les vins sont sauvages, puissants, sachant pour certains associer rusticité et élégance. L'altitude leur apporte de la fraicheur : il y fait froid la nuit.. Une
jolie dégustation probablement pas au niveau de celles que nous faisions d'habitude, mais la coopé travaille bien. Ecoutez Patrick de Marien parler de sa passion pour la direction de cette grande
cave coopérative. link