Vue de Beaune depuis la colline de Corton
Vieux rêve que cette dégustation, survenu il y a 5 ou 6 ans quand un Corton Charlemagne 1992 d'Olivier Leflaive s'est joliment battu dans mon assiette avec un homard breton. Les deux ont gagné
et ce vin comme l'année dont il est issu m'ont conquis. Depuis, je rêve de reboire des Charlemagne de cette année pour les confronter. Regardez bien cette colline, elle est bénie des
Dieux : être capable de produire des grands blancs et des grands rouges n'est pas donné à tout terroir.

En fait, les choses sont un peu plus compliquées que cela. Le sous sol affleure en haut de la colline, ce qu'adore le chardonnay puisqu'il s'agit de calcaire jurassique, puis en descendant, on
trouve des sols calcaires de plus en plus marneux. Le sol de la colline contient des oxydes de fer, ferrugineux plus abondant en bas où le sol est rouge qu'en haut : ces derniers conviennent
mieux au chardonnay. Les cépages rouges préfèrent une exposition sud-sud est qui leur permet de parvenir parfaitement à maturité. Par contre, le chardonnay y arriverait trop rapidement à
maturité et y perdrait de la finesse. De même, l'altitude convient bien au cépage blanc qui ne désire pas une chaleur tropicale pour mûrir (mais préfère un lent murissement pour développer de
la finesse) alors que le pinot noir lent et plus difficile préfère être en bas où il fait plus chaud.
Tout ceci explique les parcelles qui sont dévolues au Corton Charlemagne (72 Ha) et au Corton (sa version rouge, mais l'appellation Corton peut être utilisée pour des vins blancs ne
correspondant pas au Corton Charlemagne) ne pas liées au hasard mais découlent de la connaissance des hommes depuis plus de mille années. Vous comprendrez alors pourquoi le Corton Charlemagne
ne peut provenir que des parcelles situées en hauteur, de façon exhaustive: en Charlemagne sur Pernand, Le Charlemagne, les Pougets, les Languettes, la partie supérieure des renardes et Le
Corton sur Aloxe (prononcer aloze) Corton, les Mourottes (hauts et bas), le Rognet et Corton et les Lolières sur Ladoix. Voir la carte.
NORD

SUD
On dégustera des vins de sources différentes, vignerons comme négociant, de qualité variable. Pourquoi 15 ans ? Le Corton Charlemagne est souvent neutre dans sa jeunesse et le déguster au
moins une dizaine d'années après permet de comprendre que la déception initiale fait place à la déception d'avoir bu une bouteille trop tôt.
Le Corton Charlemagne a des parfums de noix fraiche, de truffe, de miel, de cannelle, de poivre, de fruits exotiques. 1992 apporte beaucoup de fruits exotiques. Il s'agit d'une année de grand
équilibre sans sur- ni sous-maturité.

J'ai essayé de faire alterner
les vins de négociant et de producteur de qualité variable en faisant valser les différents terroirs.
Liogier d'Ardhuy : parcelles de Languettes, Pougets et Mourottes. Le producteur était laxiste jusqu'à il y a 5 ou 6 ans. Depuis, il flirte avec les sommets. Gentil mais pas de grandes
choses pour lui, ce qui était attendu. Amertume en premier. Pas un grand cru..
Raymond et Robert Jacob : parcelles de Hautes et Basses Mourottes sur Ladoix. Producteurs, artisans honnêtes et consciencieux produisant un vin sincère et régulier. Bon mais pas grand.
Amertume et acidité marquées mais s'équilibrant. Pas une grande longueur. Encore une jolie jeunesse mais quand on boit la suite...
Marius Delarche : parcelle de En Charlemagne. Bon producteur il y a quinze ans, mais totalement dépassé par les progrès des autres depuis. Semble depuis 1 à 2 ans correspondant à
l'arrivée de la nouvelle génération reprendre le bon chemin. Excellent surtout marqué par une gande finesse. Très bon vin racé mais dépassé par les deux derniers.
Le Charlemagne de Rougeot Dupin : Parcelle Le Charlemagne comme l'indique tout à fait légalement son

étiquette : Seule cette parcelle,coeur historique du cru et partie la plus
qualitative, le permet. Négociant de qualité tout à fait correcte mais pas au niveau de Leflaive. malheureusement, en cours de madérisation, état qui devrait être atteint dans un an environ.
Garde des gouts d'agrume agréables mais le vin se dissocie.
Olivier Leflaive : assemblage de vins de diverses parcelles obtenues aux meilleures sources du cru. Là, c'est du très grand...Longueur epoustouflante, finesse superlative, élégance
et parfum. Vraiment formidable (comme à chaque fois, NDLR qui a de la chance d'en boire régulièrement).