Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 19:47
mp-renaudes-300

 

Eric Nicolas et son Domaine de Bellivière bénéficient d'une grande notoriété chez les passionnés de vins, sur des appellations de la Sarthe qui ne sont pourtant pas des plus prestigieuses. En effet, qui connaissait la Sarthe pour ses vins en dehors de joel Gigou il y a seulement 10 ans? Qui se souvient aussi que des vins de cette zone étaient prisés de la cour des rois de france?

 

Vignoble le plus septentrional de Touraine, les Coteaux du Loir s’étendent sur les départements de la Sarthe et de l’Indre-et-Loire. Cultivés depuis le Moyen-Age  l’AOC produit des vins rouges, rosés et blancs.

Au cœur des Coteaux du Loir, perle du vignoble,  l’AOC Jasnières (AOC en 1937) y forme une enclave longue de 4 km et large de quelques centaines de mètres. L’appellation produit exclusivement du vin blanc, à partir du cépage chenin sur deux communes : Ruillé-sur-Loir et Lhomme (département de la Sarthe).

 

Le domaine, qui couvre 12 hectares sur les AOC Jasnières et Coteaux du Loir, est cultivé maintenant entièrement en biologie. Les parcelles situées sur 5 communes (Chahaignes, Dissay sous Courcillon, Lhomme, Marçon, Ruillé sur Loir) permet au travers des différents terroirs une richesse et une diversité des nombreuses cuvées du domaine. L'année décide quant à elle du style du vin allant de sec à liquoreux en passant par le sec fruité, sec tendre, demi-sec...

 

belliviere

E Nicolas .

 

 

Eric Nicolas, depuis le milieu des années 90 a entamé une conversion de ses pratiques culturales vers l'agriculture biologique totale sur le domaine.

 

Il cultive 8 hectares de chenin et 4 hectares dévolus aux rouges (pineau d'Aunis, cabernet franc et cot), avec encore une évolution vers une densité augmentée pour atteindre un idéal de 13000 pieds à l'hectares uniquement avec des plans de sélection massale. Les vendanges sont manuelles, les rendements faibles, autour de 25 à 30 hectolitres par hectares, mais pouvant tomber à 12,5 comme en 2003.

 

Les vins produits au domaine sont:

 

LES JASNIÈRES
- Prémices : Jeunes vignes et vignes en cours de conversion.
- Les Rosiers : Sélection de vignes de moins de 50 ans.
- Calligramme : Vieilles vignes de plus de 50 ans.
- Discours de Tuf (moelleux) et Elixir de Tuf (liquoreux) ne sont élaborés que dans les années propices.

LES COTEAUX DU LOIR BLANCS
- L'Effraie : Vignes âgées de moins de 50 ans.
- Vieilles vignes éparses : Vignes âgées de 50 à 80 ans.
- Haut-Rasné : Moelleux, terroir de Haut-Rasné, pourriture noble.
- Philosophale : Liquoreux (années exceptionnelles).

LES COTEAUX DU LOIR ROUGES
- Le Rouge-Gorge : Cépage Pineau d'Aunis. Rendement 25 hl/ha.
- Hommage à Louis Derré : Cuvée provenant des vignes âgées de 80 à 100 ans
produite dans les années les plus propices seulement.

LES VINS SPÉCIAUX
- Ceux dont l'existence n'est régie que par l'effet de notre propre imagination et des conditions propres au terroir. Ils sont issus exclusivement de la recherche de l'énorme potentiel que peut offrir le Pineau d'Aunis.
- Selon le degré potentiel récolté, nous déclinons la vinification de rosés de type moelleux (La Salamandre en 2001) ou liquoreux (Aurore d'Automne en 1999 et 2001).
- En 2004, les raisins de la cuvée Les Giroflées ont été vendangés sur un terroir qui a gardé un très bon état sanitaire jusqu'à fin octobre et le potentiel à 14,2% vol. était apte à être vinifié en rosé demi-sec.

le-chai-300

pineau-daunis-300

pineau d'aunis


Nous dégusterons:

Calligramme 2005 (J) Chenin 100%. Vieilles vignes de plus de 50 ans. Sec tendre.



canapés de rillettes de thon, sardine et maquereau


Vieilles Vignes Eparses 2005 (CL) assemblage de vignes âgées de 50 à 80 ans. Sec tendre.
nems


L'Effraie 2005 (CL) assemblage des vignes âgées de moins de 50 ans. demisec-moelleux 



Crevettes aux épices tandori


Hommage à Louis Derré 2005 (CL) Pineau d’Aunis 100%. Vignes de 80 à 100 ans. 



Tajine agneau pruneau


Aurore d'automne 2004 (VT) Pineau d'Aunis Vieilles Vignes. Il est appelé rosé liquoreux (juste 



pour un d'entre nous, il se reconnaitra) mais il s'agit d'un rouge récolté en pourriture noble ou



passerillé.


Elixir de Tuf 2004 (J) Liquoreux 




Une fois n'étant pas coutume, Bob s'est interessé à cette histoire et note plus que bien toutes les cuvées. Rassurez vous, ce n'est pas le seul: en effet, tous les critiques notent très bien ce domaine d'une région qui ne compte pas à priori parmi celles qui comptent dans l'esprit des grands amateurs. Et pourtant, comme dans beaucoup de zones moins cotées, des jeunes prêts à travailler, fabriquent la france viticole de demain, nonobstant "la tradition" et montrant que de grands vins peuvent être produits pour peu que le cépage soit adapté à son environnement. Ils bénéficient en effet, probablement en le sachant, de l'expérience des plus anciens qui même il y a très longtemps, ont expérimenté de nombreux cépages, et gardé les plus adaptés, les plus qualitatifs. C'est un grand espoir que ces vignerons, car le haut de gamme, plus adapté aux exigences de notre société, est de façon évidente associée à la personnalisation. Ils permettent la conservation d'un travail ouvrier qui n'aurait pas été rentable sans cela, en augmentant l'offre des vins bien cotés à travers le monde. Et ce type d'agriculture fait travailler beaucoup plus de "petites mains" que ce qu'on appelle à tort la viticulture traditionnelle, qui n'est en fait que le tout chimique débuté dans les années cinquante en totale rupture avec la vraie tradition paysanne.

 

Je vous suggère de regarder ces magnifiques photos du domaine en suivant ce lien


mp-jasnieres-300

 


Une interview d'Eric Nicolas sur paperblog

   

Avez-vous eu à remonter à contre courant d’une tradition viticole en appellation Jasnières et Coteau de Loir qui a nécessité pour vous un long temps durant lequel vous aviez à vous faire connaître ?

Pour parler des appellations Jasnières et Coteau du Loir, ce sont des appellations qui ont failli disparaître à un moment donné, au siècle dernier. Il restait deux ou trois hectares de vignes dans l’appellation Jasnières. Ce sont pourtant des appellations qui ont connu leur heure de gloire, il y a cent ou cent cinquante ans.

Mais l’histoire les avait complètement rayées. Un peu comme Condrieu. Mais eux ont relevé la tête un peu plus rapidement. Historiquement il n’y avait plus rien. C’est très facile de faire descendre une appellation, c’est très difficile de la faire revivre, de faire remonter en notoriété.

Il faut tout rebâtir. Il faut puiser dans l’histoire pour trouver des éléments. Je participe à toutes les discussions de syndicats, quand je peux. Car je veux aller toujours plus loin dans la compréhension de la qualité des terroirs. Car il y a beaucoup de choses à reconquérir.

Il y a plusieurs tendances, (actuellement 105 ha/128 de replantés sur Jasnières et 150 /1000 ha classés sur Coteau du Loir, donc là, il est un potentiel plus important), tout le vignoble a connu une expansion plus autour de la technique.

 

      La technique ?

Le côté technique c’est la première renaissance du vignoble.

 

      Avez-vous eu nettement et immédiatement le sentiment du potentiel que réservait le terroir et du besoin de le mener selon un travail biodynamique ?

Depuis que l’on s’est installé et ce n’est pas seulement de notre fait, toutes les installations sont en biologique ou en biodynamique. Vers un travail plus naturel. Réflexion sur un travail plus en profondeur en terme de terroir.

Nous on tourne autour de ça. On entame un deuxième cycle complet en biodynamie et nous c’est pour rechercher la profondeur du terroir.

 

      Quels sont les cépages représentatifs de cette région ?

Au Nord, notre chenin, qui est le seul cépage blanc et le Pineau d’Aunis qui est un très beau cépage pour le rouge, presque le seul, le plus ancien cépage de Loire. Le pineau d’Aunis, historiquement est le cépage qui était cultivé au prieuré d’Aunis, par les moines. Les vins qui en étaient issus étaient des clairets qui étaient déjà appréciés par nos rois, Henri II de Plantagenêt. On en retrouve la trace vers le IXème siècle et les moines pour coloniser les rives du Loir, l’avaient planté dans la Vallée du Loir, jusque Vendôme, et il est devenu le cépage principal rouge. Il était normalement réservé pour les rosés.

C’étaient des vins plus connus pour les rosés, le gris, le gris du Vendômois.

Depuis dix ou quinze ans, on s’est intéressé à ce qu’il produit en rouge. On a eu plus confiance en ce cépage. On a réduit les rendements, du coup on a des raisins qui sont mieux constitués, faits pour mieux concevoir des macérations, pour obtenir plus de soyeux et de matière.

 

      Pourquoi l’appelle-t-on le chenin noir ?

Il se pourrait qu’il ait un lien de parenté avec le chenin mais aucune étude génétique ne l’a démontré encore. Pour autant il a des aptitudes en vinification qui sont très, très proches. On a décliné tous les styles de vins. On l’a essayé en demi-sec, en moelleux et en liquoreux, et même on pourrait en bulle…Comme pour les vins de chenin ! et avec une gamme aromatique au moins aussi vaste.

La vigne y est plantée sur des coteaux pentus exposés plein sud, profondément enracinée dans « le tuffeau », une craie tendre se décomposant en argile à silex. Ce sol devient caillouteux et difficile à travailler

 

La vinification


      Quels sont vos choix en matières d’élevage ? Pour quelles raisons précises ? 

Nourrir le vin des lies…Le chenin est un cépage très délicat, sensible à l’oxydation. Selon les millésimes on a une oxydabilité (moi j’appelle ça comme ça !) plus ou moins grande. 2001 est une année pluvieuse, par exemple, et les raisins étaient très fragiles. Pour 2006, les vendanges étaient très délicates, déliquescentes. Il est donc une fragilité oxydative que l’on ressent après et qui jaunit un peu le vin. Ce travail sur les lies, je l’ai appris d’autres vignerons. Il est difficile à mener. Car il faut apprendre à gérer ces lies. Au bout d’un moment elles s’épuisent. Et nous on essaie d’épuiser au maximum. Donc le travail de soutirage est absolument important, il faut donc trouver le moment le plus opportun. Il ne faut pas non plus que les lies soient trop épuisées, car on peut obtenir le contraire de la réduction, l’envers de la réduction… on peut avoir le côté réducteur oxydatif, et là on peut avoir des oxydations menées par les lies.


      De la véritable physico-chimie… qui influerait sur les couleurs ?

Le vin qui se nourrit de ses lies est plus complexe, que ce soit en cuve ou en barrique. Nous, on a choisi un côté traditionnel de travail en barrique, de manière à alimenter par les lies. La couleur est liée à l’oxydation ménagée et à l’effet millésime ; les techniques culturales et le millésime influent sur la constitution acide des raisins et sur tous les constituants qui permettent d’éviter l’oxydation naturellement. Le travail du soufre entre dans cet aspect des couleurs…


      Quelle est votre position quant à ces intrants chimiques ?

  Le chenin est un cépage très délicat. Il nous faut toute la vigilance pour éviter l’oxydation. On peut néanmoins avoir des niveaux de protection très faibles. Nous, on protège nos vins. Mais on est passé par des vins qui étaient très protégés petit à petit on est descendu à de très faibles doses.

2001 aurait eu besoin certainement d’être protégé un peu plus. On a eu une oxydation prématurée de nos vins. On a donc remonté les niveaux. Les vins respectent un niveau de finesse, d’intégrité aromatique et de potentiel de garde.

Sur la protection, il y a tout un débat… Concernant, il faut laisser toute liberté. Je ne suis pas contre, mais ce n’est pas mon cheminement. Je pense que l’on peut arriver même avec cette protection vers une complexité aromatique de fruits délicats, frais.

J’ai un esprit peut-être plus fédérateur des différents courants de vigneron. Le fondement du terroir c’est des millions d’années et ce n’est pas le simple bout de papier.

Quand on crée des associations sur les valeurs du respect du terroir il faut aller à l’essentiel.

 


      Il faut aller vers le qualitatif…

Il faut faire aller sa cervelle pour aller vers le qualitatif. Je suis plutôt de tempérament timide et je n’aime pas m’affronter, j’aime mieux serrer la main.

Beaucoup de plaisir avec le vin, au départ c’est le sens d’essayer de bien faire.

Dans le milieu il y a plein de gens qui travaillent avec plein de profils différents. Il n’y a pas de règle là-dessus. Qui se retrouvent autant dans les tables des grands étoilés que dans les caves et là il n’y a pas de règle.

 


      Quelle est pour vous la principale caractéristique du chenin qui vaille d’être travaillée pour permettre à ce cépage qu’il soit le plus abouti ?

La fraîcheur marque l’identité des vins de Loire. Et avec elle, l’acidité… On choisit de ne pas ramasser des vins trop mûrs. Mûrs pais pas trop mûrs.

On retrouve une belle fraîcheur dans le millésime 2007. Et 2008, d’ailleurs, qui a pu le prouver par la suite, semble être typiquement Loire et nous qui rappelle ce qu’on a vu en 2002, qui est un très grand millésime de la Loire.

Les constitutions acides lorsqu’elles se sont bien maintenues même dans la phase de maturation et de constitution des sucres par des températures qui n’ont pas été écrasantes tout le long de la constitution des raisins, permettent de jolies tensions.

Cela marque bien ces millésimes, que sont 2007 et 2008 mais on se plaît aussi à retrouver dans les millésimes solaires comme 2003 et 2005 ces acidités qui sont comme des tensions dans les vins qui sont garantes de longueur en bouche, comme un fil conducteur. Ce sont des vins digestes que l’on peut boire, garants de fraîcheur et de complexité aromatique par transformation des acides. Ce ne sont pas des vins démonstratifs.


      Quels sont les équilibres recherchés ?

 

Par exemple, 2004 et 2005. En 2004, on a obtenu des raisins plus passerillés et très vineux et donc des niveaux d’alcool plus élevés. Quant à 2005, le niveau d’alcool est plus faible. Ce sont donc des équilibres différents. Sur la tension et sur la constitution des acidités dans les raisins, nous considérons que ces éléments sont importants car des acidités qui sont accentuées sur la pourriture noble permettent une fluidité et une légèreté des vins qui est très appréciée. Comme les riesling allemands où les acidités très élevées permettent d’équilibrer ces sucres résiduels très importants.

2005 est une année où on ne s’est pas laissé surprendre, la pourriture noble a envahi le vignoble de manière massive mais on a eu des taux de pourriture noble qui nous ont orientés vers des grains demi-secs pour les moins riches d’entre eux, vers des liquoreux.

Une même cuvée, selon les millésimes, qui peut être sèche, voire moelleuse, comme L’Effraie. On mentionne le style du vin sur la contre étiquette. Pour orienter. Notamment en cas d’accord mets/vins, pour se faire une idée.

L’élevage dure 18 mois. On laisse toute la possibilité aux levures de réduire les sucres.

Nos équilibres sur les sucres sont toujours naturels. C’est par épuisement naturel de la flore levurienne. Elle laisse le vin dans un état d’équilibre. Avec 20 grs de sucre résiduel, comme L’Effraie en 2005, ce sont des équilibres qui sont toujours un peu plus difficile à marier. Cela rend les vins un peu plus difficiles à commercialiser. Mais ce sont des vins qu’il faut savoir attendre. Les sucres sont plus fondus au vieillissement. Lorsque les vins auront quelque vingt ans de plus, on peut faire de bien meilleurs accords, sur les poissons par exemple. Ce qui n’est pas le cas au départ.


      Que donne L’Effraie en 2004 et en 2003 par exemple ?

Il y a une belle expression minérale de ces vins-là.

2004 est un peu plus sec, et derrière la sécheresse du 2003 on a des côtés très minéraux, un côté calcaire et même poussière de calcaire. Pour 2003, oui, c’est un côté minéral qui est presque « poussière de calcaire ». Quand on peut avoir l’influence du racinaire, et du terroir, c’est important. La preuve est que l’on a senti cette sécheresse deux millésimes après.

 

Partager cet article

Repost 0
Christophe Deligny - dans Dégustation
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Vins de Martinique
  • : Les aventures de dégustation d'un club oenophile tropical.
  • Contact

Recherche

Pages