Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 16:31
Gérard Depardieu (copyright la RVF)
Gérard Depardieu (copyright la RVF)

Un Jurançon mythique, connu seulement des amateurs passionnés, qui se compare à Yquem. C'est en tout cas ce que semble avoir dit le marquis Bertrand de Lur Saluces, propriétaire dans les années 70 du grand liquoreux Bordelais. « La quintessence d’un site viticole exceptionnel », surenchérit Jean-Claude Berrouet, l’œnologue de Petrus.

Gérard Depardieu en est un fan: "Il ouvre l’une des armoires à vins vitrées derrière le bar, en sort quelques flacons poussiéreux, aux étiquettes jaunies. Il n’attend pas les questions et a manifestement préparé ce qu’il voulait nous montrer. Il saisit une bouteille.

G. D. Voilà un grand vin, Clos Joliette, un jurançon mythique (manifestement un très vieux millésime, ndlr). J’ai souvent rendu visite à l’ancienne propriétaire, la mère Migné. Elle avait un coq qui la défendait. Pas un chien, un coq ! Quand tu rentrais dans la propriété, il vous sautait dessus. Et moi, je me défendais avec un seau d’eau froide ! J’allais voir la Jeanne Migné dans ses vignes. « Madame Migné, c’est moi, c’est Gérard ! » Elle voulait que je reprenne ses presque deux hectares de vignes. Mais la ville a préempté. Ils ont tout saboté... Ce qu’elle faisait elle, là, ce vin, c’est génial. Une étiquette pareille, c’est magnifique. Elle est morte trois ans après que je l’ai rencontrée. Je garde deux ou trois bouteilles
d’elle." C'est ici.

Ecoutons François Audouze, le fanatique des vins anciens: "Le premier vin blanc sec est presque rose. Le vin est énigmatique car il évoque la truffe blanche, les feuilles d’artichaut, et en bouche c’est un parcours qui change à chaque gorgée. Le vin est sec. J’hésite mais j’imagine Jurançon sans le dire, pour ne pas paraître idiot. Jean-Philippe me donne des indications pour que je trouve. Il s’agit de Clos Joliette Jurançon sec 1970. Ce vin est prodigieux. C’est un Fregoli car il change sans cesse. L’amuse-bouche ayant une crème prononcée, le vin délivre des saveurs de pomelos. Sur le risotto d’épeautre, le vin est exceptionnel. Il me fait penser au parcours de la Coulée de Serrant qui a aussi besoin de beaucoup d’années pour s’exprimer. Il faut bien cet âge au Clos Joliette pour atteindre la complexité magique qui nous déroute à chaque fois, le final claquant comme un fouet."

Madame Migné l'avait porté à un niveau exceptionnel, au delà de toute orthodoxie œnologique. Le cépage est du petit manseng exclusivement sur un hectare 85, très ancien (planté en 1929), sur une pente très escarpée exposée est-sud est. Les rendements sont microscopiques, de l'ordre de 10 hectolitre par hectare. Les vins ne sont élevés que dans de vieux fûts.

Son parfum de prédilection est la truffe, blanche d'alba, plus souvent que tuber mélanosporum le diamant noir du périgord. Nous gouterons des raviolis à la truffe avant pour que tout le monde soit bien au point sur ces parfums très inhabituels.

Pour les autres parfums, on trouvera toute la gamme des agrumes parfois confits (pamplemousse, clémentine), d'autres champignons (girolle, cèpes, morille), fruits exotiques (ananas, mangue, passion), dattes, fruits secs (notamment abricot), miel et coing, roses anciennes notamment fanées, épices, ainsi que dans la gamme vanillée, crème brulée. L'acidité y est vibrante.

Les vins du Clos Joliette ne sont disponibles que chez quelques cavistes triés sur le volet, pas forcement sur le plan prestige, et surtout dans les 3 étoiles. Les prix sont à la hauteur, de l'ordre de 100 à 300 euros la bouteille. Avouons toutefois, qu'il n'est jamais commercialisé avant 10 ans, dont 4 en barriques, et 6 en bouteilles.

Voilà le programme:

1970 sec: grand, grand, grand. Un des meilleurs vins blanc sec jamais bu. Une douceur sèche, amenant avec force ses parfums d'agrumes (orange amère), de thé, de café, de truffe et autres champignons, d'ananas roti, de miel. La longueur et la persistance sont dignes d'Yquem.

1974 sec: grand, mais plus marqué par une trame tenant la subtilité du citron jaune sur les papilles, avec moins de lien que le 1970 dont il partage beaucoup les odeurs et gouts.

1979 demi sec: quand on a bu les autres, on ne comprend pas ce vin monolitique qui toutefois partage une impression de famille avec les autres sur le plan des parfums.

1983 moelleux: partage les mêmes gouts que les 3 secs, mais de façon beaucoup moins bien rangé. Peu de sucre résiduel.

1985 sec: beaucoup plus léger, mais combine parfums et légèreté avec un discret sucre résiduel. Certains parlent d'Y en moins exotique

Au total, une grande découverte avec une franche identité très marquée. La couleur très foncée paraissait très inquiétante avant dégustation, mais la bouche s'est très vite chargée de redresser cette impression, dévoilant des charmes extraordinaires, uniques dont on peut penser qu'ils ne plairont peut être pas à tous. Aucun d'entre nous n'a estimé boire quelque chose de déjà connu.

Pour aller plus loin:

- Sur la passion du vin ici

- Un film ici

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Vins de Martinique
  • : Les aventures de dégustation d'un club oenophile tropical.
  • Contact

Recherche

Pages