Jeudi 18 septembre 2008 4 18 /09 /Sep /2008 03:40

Une réflexion d'un des plus grands vignerons pièmontais, Elio Altare, venant de prendre sa retraite. Je l'ai découvert sur le blog de Jacques Perrin (link), enrichi  chaque jour des ballades de Jacques :

" Nous sommes en train de vivre un moment charnière dans l’histoire du vin. Nous sommes entrés dans ce que j’appelle l’ère des chacals ! Le succès a attiré un peu partout des investisseurs qui achètent des vignobles bien placés, parfois à n’importe quel prix, s’offrent les services de consultants réputés et élaborent des vins calibrés selon des recettes de type industriel. Leur but ? Diversifier leurs investissements (parfois ce sont d’ailleurs des fonds d’origine pas très catholique) et obtenir un jour un retour sur investissement et en terme de notoriété et en terme de rentabilité. Ces gens-là sont dangereux pour nos vignobles traditionnels. Ils font monter le prix du foncier et ne se préoccupent guère de l’équilibre et de l’état de santé du vignoble. Le vigneron a un autre rapport à sa vigne. Si ma vigne meurt, que ferai-je demain ? Ce n'est pas une question de qualité. Il ne faut pas dire que les vignerons sont meilleurs. c'est d'abord une question de culture. Si demain, les chacals trouvent tout à coup que le jeu a assez duré, que le vin c’est trop difficile, s’en désintéressent et vendent, que va-t-il se passer ? Aucun journaliste ne veut parler de ces problèmes ; ils ont peur de déplaire à un lobby très puissant. C'est une guerre perdue, je sais, mais il faut savoir qui est le fils de la terre ! Et Elio de me rappeler ses débuts, sans fausse nostalgie, le séisme provoqué par les vendanges en vert qu’il a initiées au Piémont – son père l’a exclu de la maison – son premier voyage en Bourgogne, terre d’élection où il retourne fréquemment en amoureux fervent des grands terroirs bourguignons : c’était en 1976, je n’avais pas un rond et, en plein mois de janvier, j’avais dû dormir dans la voiture. Aujourd’hui, je ne suis pas riche, je n’ai pas fait fortune avec le vin mais j’aime mon métier, je le respecte et je fais ce que je veux ! "

Par Christophe Deligny
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Lundi 1 septembre 2008 1 01 /09 /Sep /2008 12:49
Il y a des journalistes qui ne font rien comme les autres. Robin Goldstein, un journaliste indépendant spécialiste du vin (travaillant au Wine Trials), connaissait le peu de sérieux de ce journal. Voici comment il a réussi à démontrer leur cupidité et les travers que cela entraine : Chaque année, le WS réalise des championnats "awards of excellence" des restaurants dans le monde. Robin a eu l'idée de créer de toute pièce un restaurant " l'Osteria l'intrepido di Milano" ayant pignon sur rue à Milan, inventant au passage chef, manager, paiement par carte bleue, visa, american express, adresse, telephone, fax, email, site web et surtout cave... En effet, il a choisi tout ce que le wine spectator a détesté en matière de vins italiens ces dernières années et leur en a envoyé la liste sous forme de carte des vins en association avec la carte des plats : en majorité (60%) des 50 à 79 points, la lie de la lie pour ce journal (ce qui fait tout de même 10 à 16 sur 20, note que les français apprécieraient, NDLR).  Voici le site de Robin link
Puis, il a payé les 250 dollars, précieux césame nécessaire et indispensable à "l'inscription au concours" (250 multiplié par des milliers de restaurants à travers le monde, ça fait tout de même des centaines de milliers de $ toujours bons à prendre). Très rapidement, le restaurant fictif s'est vu parer de grandes qualités avec une place sur le site du WS, une place dans la publication mensuelle... Tout cela visiblement sans que la moindre personne du journal ne jette un oeil sur la carte des vins qui avait été fournie : Le WS s'est donc subitement mis à recommander  chaudement à tous les oenophiles de Milan d'aller dans ce restaurant (fictif) pour ses bouteilles sans la moindre vérification; alors qu'à la carte de celui ci, figurait une majorité de vins qu'ils ont goûté et detesté le plus dans les vins italiens depuis des années !!! Et c'est très probablement la même chose pour les vins qu'ils jugent à longueur de magazine : ils les recoivent des producteurs sans les payer. De là à faire une cuvée spéciale pour le WS, vu qu'ils ne vérifient rien, et testent toujours de la même façon : au soleil de New York à travers les vitres du building, sans jamais aller sur place (sauf le directeur, à qui "on" a offert une villa à Il Borro en Toscane avec cave déjà garnie, des fois que lui prendrait l'idée saugrenue de vérifier).
Ils se sont même défendus en prétextant qu'ils étaient tombés sur un répondeur et avaient laissé un message (sérieuse la vérification alors qu'il existait un email) : vérification faite, ils avaient bien laissé un message, mais après obtention de l'award et surtout pour proposer de payer un petit supplément de 3090 à 8860 $ pour un petit encart de pub !!!
Presque du Bush dans le texte (cad cynisme).. Business over all..
Robert Parker, malgré ce qu'on peut lui reprocher,  a l'honnêteté de payer les vins de ses propres deniers..
Pas très sérieux ni très déontologiques les journalistes du WS, mais nous le savions déjà..
Faut il encore considérer l'opinion de personnes se comportant d'une telle manière ?

Voici un extrait de la carte pour rigoler :

I rossi italiani “riserva” della nostra cantina

AMARONE CLASSICO 1998 (Veneto) Tedeschi 80,00 €

Wine Spectator rating: 65 points. “…Not clean. Stale black licorice…”

AMARONE CLASSICO “LA FABRISERIA” 1998 (Veneto) Tedeschi 185,00 €

Wine Spectator rating: 60 points. “…Unacceptable. Sweet and cloying. Smells like bug spray…”

AMARONE CLASSICO “GIOÉ” 1993 S. Sofia 110,00 €

Wine Spectator rating: 69 points. “…Just too much paint thinner and nail varnish character…”

BARBARESCO ASIJ 1985 (Piemonte) Ceretto 135,00 €

Wine Spectator rating: 64 points. “…Earthy, swampy, gamy, harsh and tannic…”

BAROLO 1990 (Piemonte) Az. Agr. GD Vajra 140,00 €

Wine Spectator rating: 64 points. “…Earthy, musty, lacking in charm…”

BAROLO RISERVA 1982 (Piemonte) Bruno Giacosa 250,00 €

Wine Spectator rating: 72 points. “…Agressive [sic] tannins that are sharp and harsh…”

BAROLO “ZONCHERA” 1994 (Piemonte) Ceretto 120,00 €

Wine Spectator rating: 74 points. “Quite disjointed…a coarse, chewy texture and an astringent finish. Hard to tell if it will ever come around…”

BRUNELLO DI MONTALCINO RISERVA 1996 (Toscana) Gianfranco Soldera 235,00 €

Wine Spectator rating: 74 points. “…Turpentine. Medium-bodied, with hard, acidic character. Disappointing…”

BRUNELLO DI MONTALCINO “LA CASA” 1982 (Toscana) Tenuta Caparzo 200,00 €

Wine Spectator rating: 67 points. “…Smells barnyardy and tastes decayed. Not what you’d hope for…”

BRUNELLO DI MONTALCINO 1993 (Toscana) Tenuta Caparzo 180,00 €

Wine Spectator rating: 80 points. “…A bit lacking in concentration, but with pretty, round tannins and a soft finish…”

BRUNELLO DI MONTALCINO RISERVA 1995 (Toscana) Tenuta Caparzo 135,00 €

Wine Spectator rating: 81 points. “…The palate is light-bodied with a slightly diluted finish. Light for the vintage. Rather disappointing for this producer…”

CABERNET SAUVIGNON “I FOSSARETTI” 1995 (Piemonte) Poderi Bertelli 120,00 €

Wine Spectator rating: 58 points. “Something wrong here. Of four samples provided, two were dark in color, but tasted metallic and odd…”

SASSICAIA 1976 (Toscana) Tenuta San Guido 250,00 €

Wine Spectator rating: 65 points. “…Even Sassicaia could not apparently escape the wet weather of this memorably bad vintage in Tuscany. It lacks harmony, having oxidized…”

SASSICAIA 1980 (Toscana) Tenuta San Guido 280,00 €

Wine Spectator rating: 77 points. “…Light, watery and diluted vanilla and milk chocolate character…”

SASSICAIA 1995 (Toscana) Tenuta San Guido 300,00 €

Wine Spectator rating: 90 points. “…Rich in currant, blackberry, dried herbs and tanned leather…”

Par Christophe Deligny
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Mercredi 2 juillet 2008 3 02 /07 /Juil /2008 01:23
Y'en a qui ont de la chance..Vous verrez par vous même la qualité des bouteilles bues :
Haut brion rouge 1970, 1982, 1986, 1988
Haut Brion blanc 1990
Coutet 1998

Ne croyez pas que je me suis endormi !!


Merci à tous les généreux donateurs Arlette, Karine, Franck, Robert, Ruddy...
Bon vent à Lydie et Alex que nous espérons revoir le plus tôt possible...
Par Christophe Deligny
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Samedi 21 juin 2008 6 21 /06 /Juin /2008 12:56
Voilà le grand cépage blanc méconnu avec le chenin de Loire. Pourquoi grand ? Parce qu'il est capable de reproduire avec un grand luxe de détails chaque sous sol. L'Alsace, disposant de grands terroirs variés dits de faille, est une des grandes régions du monde pour le riesling avec l'Allemagne et l'Autriche. Si les sols de granit ou de grès donnent de la finesse et de l’élégance, le calcaire apporte puissance et structure au riesling avec une charpente acide souvent soutenue. L'Australie et la Nouvelle Zélande frappent à la porte avec des vins différents des trois pays du vieux continent. Pourquoi ce cépage n'est il pas reconnu à la hauteur de ses qualités ? Une explication est qu'il n'aime pas le chêne neuf... Il supporte aussi très mal la médiocrité, qui est beaucoup plus courante que la qualité, en Alsace en particulier, où il est fabriqué des océans de médiocrités. Il est par ailleurs peu adaptable, et préfère les zones très au nord, peu en vogue actuellement. N'en ayons cure et découvrons les plus grands vins blancs méconnus de la planête :

Nous dégusterons les plus grands riesling (secs ou à peu près secs) d'Alsace :
- Kitterlé 1994 de Schlumberger
- Muenchberg 2000 du poête André Ostertag
- Schlossberg Sainte Catherine l'inédit 2000 des délicates soeurs Faller
- Clos Sainte Hune 1998 de Trimbach, la droiture de l'Alsace
- Rangen de Thann 1990 de Zind Humbrecht, la légende dans un millésime de légende.


Le kitterlé est une pente impressionnante au dessus de Gwebwiller allant jusqu'à 60% de pente, au sous sol gréso-volcanique. Les vins y demandent une maturation lente en bouteille pour exprimer du poivre blanc. Comme dans la cote rotie, une équipe de maçon "dits de montagne" est employée sur le domaine pour entretenir les cinquante kilomètres de murs présents sur ce grand cru de 25 hectares environ. La culture est biologique avec des labours au cheval de race comtoise, adapté pour travailler dans ces grandes pentes. Les rendements moyens sont très bas, 25 hl/ha. Grande trame acide avec une belle persistance sans toutefois de grande longueur. N'est pas apprécié par tous.



André Ostertag est un poête du vin qui a crédibilisé cette partie de l'Alsace du nord qui était méconnue. Cet ami de Dominique Lafon (ils ont fait leurs études ensemble) tire le meilleur parti possible de tous ses terroirs, particulièrement de sa parcelle de Muenchberg, terroir grésovolcanique, méprisé parce que situé au nord de Strasbourg, ce pays de paysan. Ce vin sous la baguette d'André, a des parfums vibrants et élégants. Les rendements sont bien entendu, modestes. Le but est là aussi de reproduire le terroir, et les bouteilles sont d'ailleurs parées d'étiquettes selon que le vin vienne ou non du sol au gout d'André. Un grand riesling que s'arrachent les connaisseurs. Une comête : une première bouche époustouflante puis plus rien (s'améliore en la matière avec l'aération). Très joli, avec équilibre et parfum. Fait penser à un condrieu. La différence avec le premier est saisissante vu qu'il s'agit du même type de terroir.

Les soeurs Faller sont connues pour l'extrème finesse d'interprétation de leur terroir. Conjuguer finesse et absence de maigreur n'est pas donné à tout le monde. Le Schlossberg est un coteau granitique très pentu. Si la cuvée Sainte Catherine donne la plus belle partition du coeur de ce coteau. l'inédit constitue les plus belles barriques de cette cuvée, produite uniquement les meilleures années. Elle doit conjuguer la richesse d'un vin de récolte tardive tout en conservant un caractère sec en bouche. Récital particulièrement difficile à réaliser mais les soeurs en ont compris la mécanique depuis longtemps et jouent la mélodie du riesling en sol granitique à la perfection. Les amateurs du monde entier savent ce que les vins de ce domaine savent chanter et tous veulent leur part de l'opéra. Même Bob apprécie, et comme toujours pour notre malheur, cela en a augmenté les prix... Malheureusement, la première dégustation retrouve une bouche lourde, sans unité, avec des parfums de VT placés ça et là. La longueur ne suit pas. A sa décharge, le vin s'améliore avec l'aération sans atteindre, loin de là, les qualités des suivants. Ecoutez Catherine Faller (en anglais SVP) déclamer la symphonie de cette cuvée. link



I ssu de vignes plantées dans de Grand Cru Rosacker à Hunawihr, sur un terroir de calcaire dolomitique, le Riesling Clos Sainte Hune est la cuvée prestige du domaine Trimbach. Mondialement connu comme un des plus grands rieslings d’Alsace, réputé pour sa grande capacité de garde, le Clos Sainte Hune est un vin que tout amateur de riesling doit avoir goûté au moins une fois dans sa vie. Produit à environ 7000 bouteilles, et victime de son succès, c’est également devenu le vin sec le plus cher d’Alsace. Pourtant, même si son prix approche désormais 100€ la bouteille, il reste peu cher dans la sphère des plus grands vins blancs du monde dont il fait partie. C'est un vin d'une grande droiture sans jamais de sucre résiduel. Il fait partie des vins préférés d'Olivier poussier comme de nombreux amateurs de vin sec et minéraux. Il constitue un rêve pour de nombreux passionnés et nous avons la chance d'en avoir ce soir. Sa longévité est légendaire et 30 ans ne lui font pas peur... Quel vin. Un style à mi chemin entre le premier et le deuxième avec une grande longueur. Le vin est serré, dense, tout en étant d'une grande minéralité élégante. Très beau.











Olivier Humbrecht est le premier master of wine français. Il dirige son exploitation avec une méticulosité raffinée. Il est le hérault de la viticulture biodynamique en Alsace. Son exemple comme celui de Marcel Deiss sont salutaires à cette région qui continue de fabriquer parmis les plus mauvais vin français bas de gamme en faisant pisser des vignes qui n'attendent que ça. Son père a redéfriché le Rangen, grand terroir volcanique extrèmement pentu au pied de Thann, vignoble de grande et très ancienne  réputation, qui avait été oublié car trop difficile à travailler. Très grand vin, mais pour certains, il a le tort de passer après le Clos Sainte Hune. Pour moi, il a beaucoup plus de parfums, mais il est moins droit. Ne fait absolument pas son âge. Encore un très grand. Ecoutez le ici link (blague : remarquez le gros 4X4 derrière)


Une dégustation découverte pour de nouveaux parfums, probablement plus proches des chablis en terme de minéralité qu'un vin du sud de la France, mais avec des légendes incontournables comme le rangen, le clos Sainte Hune ou le Schlossberg des soeurs Faller dans sa meilleure version en sec. Bonne dégustation...
Par Christophe Deligny
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Mercredi 21 mai 2008 3 21 /05 /Mai /2008 13:10

 

Voici une interview de Michel Bettane un critique de vin que personnellement j'ai toujours apprécié pour la pertinance de ses jugements. Comme le dit François Mauss dans son blog du grand jury européen, quand on écoute ou lit les critiques du vin, il faut avoir une bonne connaissance de leurs gouts, les avoir suivi depuis longtemps pour savoir si leur vision du vin correspond à la vôtre.

 

ENTREVUE AVEC MICHEL BETTANE

Une discussion à bâtons rompus avec Michel Bettane lors de son passage en Suisse en novembre 2007

 

Qu’est ce qui vous a conduit vers l’activité de critique de vins ?

 Michel BettaneVous savez.. ce sont les hasards de la vie. Tout d’abord, il y a eu les émotions ressenties dans la dégustation de certains vins, pas très tôt d’ailleurs parce que j’ai commencé à boire du vin plutôt tard - j’avais 21 ans. Ca s’est d’ailleurs passé en 1971 en Suisse, à Neuchâtel, où l’on passait quelques vacances. On avait trouvé sur la carte d’un restaurant, un beau vin que l’on pouvait encore se payer en tant qu’étudiants.. C’était une bouteille de Haut-Brion 1962 ! Le vin était relativement jeune et quand je l’ai goûté, j’ai eu un choc ! Pourtant mon père aimait le vin et on en buvait à la maison de temps en temps le dimanche. Mais, en dehors du champagne, le vin ne m’intéressait guère. Et c’est à partir de ce moment-là je m’y suis vraiment passionné. J’ai alors acheté des tonnes de livres avant que les hasards de la vie me fassent rencontrer Steven Spurrier à Paris vers 1977. Ensuite je suis rentré à l’Académie du Vin comme élève, puis très vite comme professeur de dégustation pour la raison que je parlais un peu l’anglais.. Là j’ai rencontré certains des plus grands vignerons de ce pays qui m’ont pris en amitié et, comme j’étais prof, j’avais un peu de temps à passer dans les vignobles où j’enquiquinais les tout le monde de questions, à vouloir essayer de tout comprendre, de la viticulture jusqu’à la vinification. Un peu plus tard à l’Académie du vin, j’ai rencontré Chantal Lecouty qui venait de racheter la Revue du Vin de France et qui avait besoin d’étoffer ses équipes. Puis la rencontre avec le Suisse Michel Dovaz qui fut mon maître. En y réfléchissant, la Suisse est finalement très liée à ma formation de journaliste spécialiste en vins !

 

J’aurais pourtant parié que c’était sur un Bourgogne que vous aviez eu votre coup de foudre..


Eh bien non ! C’est vrai, j’adore la Bourgogne. La Bourgogne est d’ailleurs devenue une seconde patrie pour moi et la viticulture, je l’ai apprise là-bas. La raison en est qu’à l’époque dans le bordelais, on ne visitait pas les Premiers crus, surtout lorsqu’on n’était pas connu. Tandis que les vignerons bourguignons avec leur côté convivial, m’ont chaleureusement accueilli. D’ailleurs, une ou deux familles m’ont vraiment appris la viticulture. J’étais sur les tracteurs, ils m’ont appris à tailler et ça m’amusait. J’ai également pigé les cuves où j’ai d’ailleurs provoqué l’hilarité générale par ma

maladresse..

 

 

LA BOURGOGNE ET SON INFLUENCE SUR LA VITICULTURE CONTEMPORAINE

 

Que pensez-vous de la Bourgogne d'aujourd’hui et de l’évolution de ses vins ?

 

Ah.. la Bourgogne est en plein phénomène de balancier.. A un moment donné, les rouges ne valaient plus rien les blancs étaient plutôt bons.. et maintenant, les rouges sont de mieux en mieux, avec bien entendu des excès, comme toujours lorsque ça bouillonne.. Par contre les blancs actuels sont très standardisés. Ca en devient même quelquefois inquiétant. En gros il y a un important travail qui est fait sur le rouge, mais il y a beaucoup de paresse et de laisser aller sur les blancs. Cette année encore (Ndr : 2007), la moitié des blancs ont été vendangés pas mûrs. C’est un scandale.. un véritable scandale ! Après, il ne faut pas que les Bourguignons s’étonnent s’ils vendent moins bien que prévu. Cependant, pour la moitié du blanc qui était bien vendangé, 2007 est très bon. Mais c’est une honte de voir des Grands Crus bourguignons qui se vendant à de tels prix, vendangés verts par des vignerons idiots. Ca ne va pas ! Ce qui est malheureux c’est que ceux qui vendent leurs raisins tiennent le couteau par le manche. « Mes raisins tu les trouves pas bons ? Ce n’est pas grave. Il y en a dix qui attendent à la porte pour me les acheter ! ».

 

Il y a tout de même une émergence de nouveaux producteurs prometteurs..

 

Nouveaux producteurs non.. plutôt l’émergence d’une nouvelle génération. Aujourd’hui, il y a des jeunes appartenant à des familles bourguignonnes, qui sont bien meilleurs viticulteurs et vinificateurs que leurs pères. C’est sûr, ils ont du talent, de l’ambition et ça fait plaisir à voir.

 

Lorsqu’on discute avec certains viticulteurs d’autres régions, comme par exemple Stéphane Derenoncourt à Bordeaux, on se rend compte qu’ils ont une grande admiration pour la Bourgogne, au point d’en adopter chez eux certaines pratiques de vinification !

 

Vous avez en face de vous quelqu’un qui a beaucoup contribué à « burgondiser » le libournais et à y introduire certaines pratiques bourguignonnes ! C’était même bien avant que Stéphane Derenoncourt ne les mette en pratique pour les propriétés qu’il conseille. Mais Stéphane, c’est encore une autre histoire très attachante qui me relie à lui puisque je l’ai vu arriver, en tant que vendangeur, au Château Pavie-Macquin, où l’on pratiquait déjà la Biodynamie. J’avais d’ailleurs tout de suite repéré le formidable talent de Stéphane.. Mais pour revenir à votre question, c’est vrai qu’il y a une influence très nette de la Bourgogne sur le bordelais.

 

Et avec le recul que pensez-vous de cette évolution ?

 

Cette approche bourguignonne concerne uniquement les vins à dominante de Merlot, un cépage qui, à mon avis, n’était pas toujours traité comme il le fallait à Bordeaux, parce que on le considérait comme une sorte de Cabernet Sauvignon « bis » qu’il n’est pas. Ces techniques bourguignonnes se sont révélées beaucoup mieux adaptées au Merlot. Donc avec le recul, si vous trouvez, par exemple, les derniers millésimes de Château Ausone bons, c’est que l’approche est plus favorable ! Mais, concernant le Cabernet-Sauvignon, il faut concéder que les techniques bordelaises classiques sont, et de loin, les mieux adaptées pour faire des grands vins à base de Cabernet.

 

 

UNIFORMISATION DES VINS ACTUELS

 

 Certaines personnes prétendent que les productions actuelles ont perdu en caractère par rapport aux vins passés ?

 

Les gens ont toujours peur que quelque chose disparaisse. C’est humain. Par exemple, le café n’est plus aussi bon que celui de nos grand-mères, ou le pain n’est soit disant plus aussi savoureux qu’autrefois.. Cependant, si l'on revenait en arrière et qu’on trempait les lèvres dans café de tous les jours, on aurait probablement de bien mauvaises surprises ! En tout cas les vins des années 70, j’en ai assez pratiqué pour dire qu’ils ne valent pas les vins des années 90 et 2000. Ou alors il faut vraiment être maso.. ou sado.. Notez, ça existe la déviation ! (rires)

 

Que dire au sujet de la théorie de l’uniformisation des vins ?

 

Bon, il est clair que les vins d’aujourd’hui se ressemblent davantage qu’autrefois. A l’époque, on était dans une société à tendance aristocratique où les bons étaient les seuls à avoir le droit d’être bons et où aucun autre ne pouvait leur ressembler. Au fond, c’était facile et on savait ce qu’on achetait.. Aujourd’hui, c’est plus compliqué. On dit que tout les vins se ressemblent, mais c’est parce que tout le monde essaie, au travers d’un savoir-faire et de pratiques très semblables, de faire toujours mieux. Et puis, un certain nombre de pratiques œnologiques communes font que l’on a un magma collectif qui contribue à ce que les vins se ressemblent un peu. Mais ils se ressemblent pour la bonne cause parce qu’ils sont mieux faits ! A un moment donné, cette volonté de perfection rapproche les caractères plus qu’elle ne les écarte.
Alors, oui. Il y aura certes une uniformisation accrue des vins industriels, mais il y aura une expression ultime de plus en plus précise et bien faite des vins d’artisanat ou de vins d’origine. Il y a deux niveaux. Il ne faut pas prendre l’un pour l’autre ou craindre des choses qui sont indispensables pour l’un et pas pour l’autre, puisque ce sont deux niveaux de vins différents. Ils s’adressent à deux publics différents. Ce sont deux moments de consommation différents pour un emploi différent. Cependant, je constate que beaucoup de gens ne savent pas déguster des vins jeunes, lors de la phase où les caractères propres et les spécificités des terroirs ne s’expriment pas encore bien - elles ressortiront après 5 ou 10 ans. Ceci contribue également à la propagation de la théorie de l’uniformisation.

 

Dans un article paru dans la revue anglaise "Decanter", Hugh Johnson parle quant à lui d’un gommage de qualité entre les millésimes..

 

Mais prenez ce qui s’est passé en 2007 ! Tout le monde a trié les raisins comme ce n’est pas possible. Il y a 15 ans personne n’aurait jamais imaginé effectuer un travail pareil dans les vignes. Evidemment que si vous enlevez les raisins qui sont verts et abîmés et que vous ne mettez que les très beaux raisins dans la cuve, il est clair vous aurez pas mal de bons vins qui vont donner l’impression que c’est un grand millésime, alors que le sentiment des gens est que 2007, c’est une mauvaise année.. Mais ce résultat n’est obtenu que parce qu’effectivement, cette année, les meilleurs domaines n’ont gardé que 35% de la récolte. Alors bien entendu, il y aura des mauvais vins, il y aura même des 2ème ou 3ème vin dégueulasses, mais les grands vins sélectionnés auront un caractère de grande année parce que les équipes ont cueilli du bon raisin. Faut-il le déplorer ? Ou faut-il qu’il y ait des millésimes de merde pour que les gens puissent se dire « je suis un connaisseur parce que j’affirme que c’est un millésime de merde.. ». A un moment donné il faut se méfier de ne pas vouloir une chose et son contraire. Certains ont assez protesté contre une inégalité entre les millésimes pour ne pas être heureux de retrouver dans chaque millésime, des gens travaillant bien et produisant des vins de caractère, mais qui peuvent laisser une impression de ressemblance dans leur prime jeunesse.

 

 

TERROIRS: REALITE OU CHIMERE?

 

En discutant plus particulièrement avec certains amateurs hors de France, je constate souvent que le terroir ne représente pour eux qu’une notion abstraite. N’est-ce pas une erreur de vouloir baser le marketing et la commercialisation des vins français sur une notion mal comprise à l’extérieur de l’hexagone, au point que les américains traitent parfois certains Français de « terroiristes » ?

 

Je crois que la notion de terroir est très mal comprise et ceci pour deux raisons. D’une part parce qu’il y a beaucoup d’hypocrisie et on a parfois caché la faiblesse humaine derrière le terroir.

« Vous trouvez que mon vin n’est pas bon ? Mais c’est son goût de terroir qui s’exprime ! C’est vous qui ne le comprenez pas..». Ca c’était le discours français où l’on mettait le terroir en avant alors que l’on cachait la routine humaine derrière le terroir et qu’on massacrait la viticulture. Je comprends que ceci ait agacé plus d’un amateur étranger, entres autres des américains. D’autre part, le mot terroir lui-même, du fait qu’il se rapproche de terre et qu’il est intraduisible, finit par définir quelque chose d’abstrait. Pour moi, le terroir se définit par une origine des vins d’une région. Cela signifie que le vin provient de vignes qui poussent quelque part où on a un sol, une lumière, un air, une eau et des données du millésime particuliers.. et sans oublier l’homme qui y vit ! S’il n’y a pas un bon amalgame de tous ces éléments, il n’y a pas de terroir. Ceux qui affirment : « le terroir c’est tout, l’homme c’est rien.. », ceux-là, ils n’ont rien compris ! Le terroir signifie que la vigne a poussé en étant cultivée intelligemment, afin que le terroir lui-même puisse exprimer quelque chose de plus complexe. C’est le devoir du vinificateur de faire en sorte que les informations qui sont dans le raisin, transparaissent dans le vin. Donc, le terroir, c’est du travail humain tout autant que de l’apport de la nature. Mais attention ! Dans le « Nouveau-Monde », contrairement à ce que l’on imagine souvent, la nouvelle génération n’est pas du tout contre la notion de terroir ! Par contre, ils sont opposés à la notion française hypocrite de la supériorité du terroir français sur les autres, ou encore contre la bêtise humaine qui peut se cacher derrière le terme terroir. Et en cela, ils ont bien raison de nous ramener dans la bonne direction. Pour revenir à votre question, je pense que ce malentendu sur la notion de terroir vient de là. Je suis persuadé que les plus grands vins du monde aujourd’hui, sont ceux qui ont une origine claire et qui la revendiquent!

 

Dans de nombreux vignobles, les études approfondies de la géologie permettent aujourd’hui d’optimiser les types de plantations et de mieux exprimer le terroir..

 

Effectivement, ces différences géologiques sont essentielles. Par exemple, sur un Château Margaux qui fait un assemblage de vignes différentes sur l’AOC Margaux, on obtiendra un résultat très différent par rapport à l’assemblage fait sur l’AOC Pauillac par Château Latour, où les terres, les graves et les argiles sont un peu différents de Margaux. Et par définition comme le vin est bien fait, il exprimera parfaitement ses différences. D’ailleurs, on les reconnaît facilement à la dégustation et sur 50 millésimes, vous trouverez toujours ces mêmes traits de caractères qui ressortiront.
La seule exception à cette notion de sol, exception culturelle particulièrement brillante d’ailleurs, c’est le Champagne où les grands produits sont une composition, c'est-à-dire une association de vins issus de terroirs différents pour créer quelque chose qui est supérieur à l’expression individuelle de chacun d’entre eux. Cette notion d’assemblage, de substrat commun, c’est aussi très beau, très noble.

 

 

BIO – BIODYNAMIE – « BIO-CONS »

 

Venons-en à votre récent édito paru dans votre livre ainsi que sur votre site internet ! Vous y fustigez les « bio-cons » ! Au-delà de cette tempête dans un verre d’eau, comment voyez-vous l’évolution du vin bio ces prochaines années ?

 

Pour que les choses soient claires et pour qu’il n’y ait pas de polémique, il faut admettre une chose que se refusent tous les cons lorsqu’ils parlent du bio : c’est de séparer l’agriculture et le vin, l’agronomie et l’œnologie. La biologie et la biodynamie ont un sens en agriculture. C'est-à-dire que l’on va cultiver des sols et produire des raisins à partir de règles certifiées. Voilà une chose qui est très positive dans la mesure où l’on obtient, si on le fait intelligemment et en travaillant, des sols plus vivants, mieux capables d’exprimer leur origine et leur différence grâce à des raisins qui deviennent plus complexes. Ce qui ne veut pas dire que dans certains cas, lorsque les menaces phytosanitaires sont extrêmes, il ne faille pas recourir de façon exceptionnelle à certaines molécules plus ou moins chimiques pour sauver une situation. Mais de façon générale, la tendance à une viticulture plus propre, qui respecte l’environnement et le terroir, est non seulement une bonne chose, mais se révèle indispensable. Il serait criminel de ne pas défendre ça ! A partir de là, certains amalgames sont malheureusement faits. Il y a des gens qui appliquent une viticulture respectueuse, tout en ayant conscience de leurs responsabilités de vinificateurs. Et puis, il y a les « cons », ceux qui pensent qu’en ne faisant rien, on est plus authentique, plus naturel, plus proche de la vérité et qui, en fait, abîment en fin de chaine, tout le travail qui a été fait en amont par les générations précédentes. C’est pour cela que je les appelle les « bio-cons ». Ils m’énervent !

 

Mais sont ils vraiment si dangereux ?

 

Détrompez vous.. ils représentent un réel danger pour la viticulture. Et ceux qui ont cette même mentalité et qui les défendent c’est pareil ! A un moment ou à un autre, la paresse, le laisser aller, l’absence de précision sont des défauts et constituent des reculs de civilisation. Quand on a une vision élevée de ce que doit être la civilisation, lorsque l’on sait ce que l’humanité a gagné en travaillant et lorsqu’on sait ce que des générations de viticulteurs ont fini par comprendre après des siècles d’expérimentations et d’améliorations, concevoir un tel retour en arrière est une monstruosité ! Ce sont des ennemis publics, même si ils sont charmants et que je veux bien trinquer avec eux si l’on veut, mais je dois les traiter comme des ennemis ! Voilà pourquoi j’ai été un peu violent. Auparavant, avant ma grave maladie, je laissais faire. Mais une fois que vous êtes passé par ce que j’ai vécu, vous avez le sentiment que vous avez un rôle à remplir. C’est un rôle de sauvegarde, de protection pour, qu’au moins, je ne me sente pas coupable de ne pas avoir mis toutes mes forces à défendre des choses auxquelles je crois profondément, même si mes propos paraissent insultants aux yeux de certains. La démarche de ce laisser-aller serait à la rigueur admissible, pour autant qu’il porte sur des vins ne représentant pas une appellation ou un millésime. Mais lorsque c’est le cas, ces vins entrent alors dans un code, dans une norme qui suppose un apprentissage et un savoir faire. D’ailleurs, en matière de goût et d’esthétique, le plaisir sans apprentissage n’a aucune valeur.

 

En quoi un apprentissage du goût serait-il nécessaire à l’amateur ? Ne suffit il pas qu’il décide si il aime, ou non, un vin ?

 

Ca c’est le niveau zéro de la bouteille brute que de se contenter de dire « j’aime » ou « j’aime pas » sans discuter, sans chercher à comprendre pourquoi on aime, pourquoi on n’aime pas. Certes, le vin de boisson, on a le droit de l’aimer comme on veut. Mais aujourd’hui, le vin de qualité n’est plus un vin de boisson. Le vin d’origine et d’expression suppose un apprentissage. L’apprentissage bride bien entendu les libertés de nature, pour les remplacer par des codes. Ces codes nous font accéder à une liberté supérieure, puisque nous sommes capables, contrairement à bien d’autres espèces animales, de nous « perfectionner ». Et la supériorité de cette liberté se manifeste par l’apparition du choix de nos valeurs. D’esclave de notre propre nature nous devenons libres par l’activité de notre jugement et la création des valeurs que nous défendons, y compris en matière de saveur ! Mais si on en vient à considérer que tout apprentissage est une régression mentale, alors on fera une régression de civilisation. Un vin qui est oxydé, quel que soit le cépage ou le terroir, ou un vin qui pue le brett, qu’il soit américain, jurassien ou australien.. on ne sait plus reconnaître le cépage pas plus qu’ on ne sait identifier son origine ou son terroir. Où est la biodiversité là-dedans ? Au contraire, on la réduit totalement ! Au nom du naturel, fabriquer ce type de vin à des milliers d’exemplaires est très dangereux. Si vous aimez les vins naturels à gros défauts, du moins ceux que moi je trouve avoir de gros défauts, parce qu’ils sentent un peu le brett ou parce qu’ils sont oxydatifs, eh bien prenez du plaisir en les buvant avec vos copains. Mais en revanche vous n’avez pas le droit de dire que ce sont des vins authentiques ! A ce moment vous passez d’un état où vous êtes parfaitement estimable, à celui où vous devenez méprisable. Et là, on vous rentrera dedans, moi le premier ! Je me fais parfois insulter, mais au fond, je m’en fiche. Ainsi, lorsque sur un forum, je suis une fois tombé sur un type qui a écrit qu’il préférait un mauvais vin bio plutôt qu’un bon vin non bio, j’ai ressenti la jubilation de l’avoir déniché et de l’avoir forcé à sortir une ânerie pareille, monstrueuse, qui démontre à ce point un infantilisme primaire !

 

Il s’agit tout de même d’une proportion minime de personnes !

 

Attention.. il y a quand même du commerce dans les vins bio, les vins dits « authentiques ». C’est une filière où l’on trouve également des margoulins. En réalité, beaucoup de choses ne sont pas aussi claires qu’il y parait. Sans parler du terrorisme intellectuel chez certains cavistes, qui ne vendront que ce type de vins, ou de même, chez certains sommeliers qui ne vous serviront que ça. Non, ça va plus loin qu’on ne le pense. Si ce n’était que pour quelques illuminés, il y a longtemps que j’aurais laissé tomber. Mais ça prend une autre dimension parce que la commercialisation du bio a un côté politiquement correct, qu’on retrouve également dans d’autres domaines. Nous devons rester vigilants.

 

Au niveau technologique, on voit aujourd’hui une certaine « course à l’armement » ! Qu’en pensez vous et ne se dirige-t-on pas vers certains excès ?

 

Actuellement il y a des excès, c’est certain. Quand il y a des mouvements de culture, des mouvements de l’histoire, on a l’émergence de choses positives, mais il se produit également des caricatures de ces choses positives avec tous leurs excès. Il y a des excès en matière de recherche de couleur, de densité, d’intensité.. Ce sont ce que j’appelle des effets spéciaux. Ces excès sont liés à la raréfaction de la consommation du vin. En effet, si vous buvez du vin tous les jours, si ça fait partie de votre mode de vie. Vous aurez une vision des équilibres qui est très différente de celle que vous avez lorsque vous buvez du vin qu’une fois toutes les deux semaines ou une fois par mois. Dans ce cas et si vous payez très cher une bouteille, vous en voulez, comme on dit, « pour votre argent ». Plus ça en jette, plus vous avez l’impression qu’on ne vous a pas trompé sur la marchandise. Au contraire, si le vin vous semble délicat, subtil, peut-être même un peu renfermé.. alors vous vous dites « ça ne va pas ! ». Donc il y a effectivement ce que vous appelez très justement la course à l’armement pour produire des vins qui ne sont plus des vins boissons, mais des vins de concours que les amateurs traditionnels n’aiment généralement pas. Maintenant, si ces vins deviennent pratiquement la norme, c’est terrifiant ! Mais jusqu’à preuve du contraire, c’est loin d’être encore le cas. On trouve encore plein de vins raffinés et produits dans la tradition culturelle. Mais pour en revenir à votre expression de « course à l’armement », bien au-delà de l’idéologie ou de l’A.O.C, il y a le fait indiscutable du réchauffement climatique. On n’y peut rien, il y a plus de soleil. donc il y a naturellement davantage de sucre et d’alcool dans les vins qui deviennent par conséquence plus costauds.

 

Mais est-ce un bien ou un mal d’avoir davantage d’alcool dans les vins ?

 

C’était très bien lorsqu’on avait des cabernets pas mûrs à 10.5° qui sont devenus mûrs à 12.5°. Avec ça, on atteignait la perfection d’équilibre. Mais si on arrive à 14°, voire 15°, on trouvera certes d’autres types d’équilibres, mais on n’aura pas le même genre de consommation de vin. Mais que faire dans la pratique pour éviter aux grands Merlots d’être à 14,5° ? C’est difficile ! En effet, il y a plus de sucre au départ et après, comment rendre l’alcool plus digeste dans la vinification ? Je pense qu’il faut que la science trouve maintenant des levures qui s’accommodent de tels degrés d’alcool. En plus, les levures indigènes sont des spécimens qui travaillent de mieux en mieux.. c’est ça qui est terrifiant ! D’ailleurs, cette année, on a assisté à une inversion de phénomène très intéressante. Jusqu’ici, je pensais que l’évolution était inexorable vers une diminution, or cette année, j’ai compris qu’en France, il fallait au contraire davantage de sucre pour faire un degré d’alcool! Les microbiologistes devraient essayer de mieux analyser ce phénomène. Selon moi, le degré idéal pour faire un grand Bordeaux c’est 13.5°. Si on peut arriver, par l’intermédiaire de certaines levures, à faire 13.5° avec des raisins qui peuvent potentiellement faire 14.5°, je pense que l’on obtiendra de bien meilleurs équilibres de dégustation. Je souhaite vivement qu’on arrive à trouver le moyen de réguler cette énergie fermentaire. Mais la science ne contrôle pas encore tout.

 

 

BORDEAUX – EVOLUTION DU MARCHE

 

Au-delà des notions évidentes d’offre et de demande du marché, que pensez-vous de l’évolution actuelle des prix dans le bordelais.. jusqu’où ira-t-on ?

 

Je ne sais pas, ce n’est pas moi qui fait le marché. On subit les prix et on n’a pas à apporter de jugement. Ce sont des lois mécaniques, vous êtes bien placé pour le savoir ! Cependant, pour un type qui est 50'000 fois plus riche que moi, une bouteille de Latour lui reviendra 50'000 fois moins cher. Donc des gens qui sont 50'000 fois plus riches que moi, il y en a suffisamment sur la planète pour acheter toute la production de Latour s’ils le désirent. Donc à la limite, Latour n’est pas encore assez cher, puisqu’il n’est pas encore 50'000 fois plus cher que le prix que je pourrais mettre. Si vous voulez, au niveau du monde, il y a un enrichissement qui dérape. Cette richesse se porte naturellement vers les produits de luxe. Pour des raisons psychologiques, il y a certains produits qui sont des symboles de votre réussite sociale et certains vins font aujourd’hui partie de ces symboles. Mais si Ausone vaut 1000 Euros, si Petrus en vaut le double et que la bouteille de Latour n’est pas loin derrière, beaucoup d’autres grands vins restent cependant financièrement accessibles. Ce qui perturbe les gens c’est qu’ils ont longtemps été habitués à payer moins de100 Euros les étiquettes les plus réputées. Ils peinent aujourd’hui à admettre que, du jour au lendemain, elle soit passée à 1'000 Euros ! C’est le vrai problème mais sur lequel on n’a aucune prise. Personnellement, j’essaie dans ma tête, d’écarter toutes ces notions de valeur marchande et de parler du vin indépendamment de son prix. Si je commence à m’engager dans ces considérations, imaginez mon trouble ! Et si je commence à gamberger, je n’oserai plus écrire une ligne. A un moment donné, on dit ce qu’on en pense et après, c’est le marché qui décidera.

 

D’indéniables progrès qualitatifs sont constatés sur de nombreuses propriétés bordelaises encore relativement peu connues il y a 10 ans. Peuvent-elles, dans les caves des amateurs, prendre la place qu’occupaient les premier grands crus autrefois et qui sont aujourd’hui devenus inabordables ?

 

Si aujourd’hui, en dehors des vins-culte, on achète ce qui se fait de mieux, ce sont des propriétés qui ont des terroirs dont tout le monde reconnait la qualité. A ce niveau là, on aura à peu près 90% de ce qu’on obtenait avec les 1er grands crus à l’époque. En revanche, je crois qu’en plein milieu de l’Entre deux Mers on ne pourra jamais produire un vin qui ait un grain de tannin semblable aux meilleurs Pauillac. On y fera de très bons vins qui feront plaisir, mais qui, à un moment donné, montreront leurs limites. Mais ça ne les empêchera pas d’être très agréables. Il y a différents niveaux de vins et des bouteilles à 10 ou 15 euros peuvent donner des plaisirs magnifiques... J’ai autant de plaisir, si ce n’est parfois davantage, à ouvrir un bon Saint-Nicolas de Bourgueil 2005 plutôt qu’un Médoc de deux ans d’âge, dix fois plus cher et complètement renfrogné.

 

Pourtant, beaucoup de consommateurs ressentent aujourd’hui une certaine frustration..

 

A un certain moment, il y a une relation d’amour propre qui se crée entre le vin et son consommateur. Or ces relations n’ont plus rien de rationnel, mais sont liées à l’ego de ce dernier. Encore, si c’était de l’émotion, ce serait noble. Mais il s’agit plutôt de l’ego culturel des prescripteurs d’opinions ou de l’ego politique ou idéologique. Mais pour revenir à votre question, honnêtement, il n’y a pas à avoir de frustration à avoir par rapport à l’évolution actuelle des prix. A moins que l’on projette son ego davantage que la volonté d’acheter un produit de goût qui accompagnera un bon repas. Il est vrai que dans 30 ans, Margaux 2005 va être une bouteille sublimissime. Un chef-d’œuvre absolu ! C’est vrai qu’une Tâche 2002 ou 2003, ce sont des produits d’une noblesse extraordinaire. C’est dans 25 ans qu’elles prendront peut-être le caractère le plus accompli qui justifie leur célébrité, leur classement et leur prix actuels. Mais serais-je encore de ce monde dans 25 ans? Il ne faut pas penser qu’il n’y a que ce type de vin qui procure du plaisir. Le monde du vin est tellement diversifié..

 

 

LE NOUVEAU GUIDE BETTANE ET DESSEAUVE

 

Votre nouveau guide vient de sortir.. de quoi vous êtes le plus fier avec ce nouvel ouvrage ?

 

Etre fier.. mais ça n’a aucun sens ! C’est notre métier. Puisqu’il y a autant de vins différents sur cette planète et que le public ne peut pas les connaître tous ou les goûter comme nous, il faut lui proposer un tri en lui disant : « faites ce que vous voudrez mais ceux-là nous on les aime ». On les aime parce qu’on a tout de même une certaine connaissance des vins et on vous indique à peu près à quoi ils ressemblent. Et puis après, chacun a son avis. Vous achèterez selon votre bourse et vos goûts. Nous avions fait un guide quand nous étions à la Revue du Vin de France, mais nous n’en étions pas propriétaires. Nous avions signé une clause de non concurrence et lorsque ces clauses sont tombées, nous avons repris notre métier de critique et de journaliste du vin, qui est d’informer le public sur les vins de qualité et sur les vins que nous jugeons bons. C’est simplement notre rôle.
Avec le projet de ce nouveau guide, nous voulions être un peu moins élitistes et nous ouvrir à de nouvelles propriétés. Cette tendance continuera dans les prochaines éditions du guide. Nous tentons d’approfondir des régions que nous n’avions pas la possibilité de couvrir précédemment, grâce à la création d’équipes constituées de dégustateurs qui peuvent consacrer suffisamment de temps à couvrir ces régions. Ce sont souvent des personnes que nous avons formé et avec qui nous validons les résultats, parce que nous goûtons souvent avec eux. Nous passons deux ou trois jours ensembles pour régler les dégustations. Lorsqu’on a le sentiment que le résultat est un peu bizarre, ou sur demande des propriétaires, on y retourne et on fait une 3e dégustation ensemble. C’est arrivé pour une centaine de vins sur cette édition.

 

Le concept du guide me semble bien suivre l’évolution des actuels canaux d’information..

 

Il est vrai que nous voulions surtout faire entrer le guide dans le 21ème siècle. Je pense que ce qu’il y a de plus original dans ce guide, c’est l’open-disque qui permet de créer une communauté autour du guide. Cette communauté regroupera producteurs et consommateurs. Il y aura des échanges et les gens pourront poser des questions aux vignerons. Plus de 7'000 lecteurs ayant acheté le guide ont aujourd’hui rejoint cette communauté. A partir de 2008, on passera naturellement au tchat et à la partie interactive de la communauté qui comprendra un forum, où les gens pourront échanger leurs avis à visage découvert, tout en étant conscients qu’il y aura probablement quelques tricheurs ou des gens payés par des producteurs pour faire la promotion de leurs vins. Mais ça fait aussi partie du jeu. Quant au site web, pour l’instant, il n’en est qu’à ses débuts. C’est énorme à construire, mais il va se développer par arborescence. On voulait d’abord introduire toute la base de données afin de pouvoir la consulter dans tous les sens par un système de tri. Et puis, pour rester réellement en relation entre les gens, nous organisons le « Grand Tasting » qui est un salon annuel des vins dont l’objectif est de mettre en relation les producteurs avec un public qui pourra goûter des grands vins de maisons qui, autrement, leur fermeraient la porte au nez.

Par Christophe Deligny
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Dimanche 11 mai 2008 7 11 /05 /Mai /2008 13:11
Que dire quand vous voyez passer successivement un Grands Echezeaux 1975 du domaine de la Romanée Conti (sublime), un Montrose 1959 à la texture de taffetas, un L'Angelus 1982 en pleine possession de ses moyens ? Les Pouilly Fuissé La Roche 1997 de Guffens, Tokay Pinot Gris cuvée Laurence 1996 du domaine Weinbach et Rivesaltes 1938, pourtant fort bons, en furent éclipsés... Merci à Arlette et Robert pour de tels diners, de surcroit avec des plats de rêve.. On aura du mal à refaire la chose chez nous.
Par Christophe Deligny
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Jeudi 1 mai 2008 4 01 /05 /Mai /2008 13:03


Ecoutez donc son "winemaker" Paul Draper vous raconter ce qui le motive dans l'accouchement des vins des différentes propriétés qu'il a en charge sur  link http://www.ridgewine.com/wines/wines.tml
Vous ne me verrez pas souvent vous recommander d'écouter le Wine Spectator, mais quand ils interviewent le révélateur de Ridge qui essaie de les convaincre que l'âge est important dans les parfums des vins :link


Par Christophe Deligny
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Mardi 29 avril 2008 2 29 /04 /Avr /2008 03:21

 

« Le Whisky est le Cognac du con »

« Ma femme est très portée sur le sexe. Malheureusement ce n’est pas sur le mien »

« Moi j’ai pas peur du cancer, je n’en aurai jamais, je suis contre.

" Il faut manger pour vivre et non pas pour vivre pour manger. De même qu’il faut boire pour vivre et non pas vivre sans boire, sinon c’est dégueulasse. »

« Les aspirations des pauvres ne sont pas très éloignées des réalités des riches. »

« Dépourvue d’âme, la femme est dans l’incapacité de s’élever vers Dieu. En revanche, elle est en général pourvue d’un escabeau qui lui permet de s’élever vers le plafond pour faire les carreaux. C’est tout ce qu’on lui demande. »


 

Bien entendu, c'est du Desproges...
Par Christophe Deligny
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Samedi 26 avril 2008 6 26 /04 /Avr /2008 13:34
Dans le numéro spécial de la revue des vins de France de novembre 2005, Olivier Poussier, meilleur sommelier du monde 2000, évoque les difficultés de sa profession à convaincre les français que le fromage est infiniment mieux accompagné par un vin blanc qu'un vin rouge. La faute à cette impression typiquement française de tout savoir sur ce domaine de façon innée... parce qu'ils sont français... Un manque d'humilité que j'ai fréquemment constaté jusque dans ma famille et chez mes amis :

"  RVF : Vous dénoncez les accords vins rouges et fromages au bénéfices des blancs, pourquoi ?
 
OP : C'est un combat très difficile pour lequel nous avons un grand déficit de crédibilité. Nous, Français, les
"seigneurs de la gastronomie", pensont que le grand moment du repas , c'est l'accord vins et fromagesavec un rouge. Je m'excuse, mais on est des "ploucs" ! Même les propriétaires de grands crus servent les rouges sur le fromage. En matière d'accords, il existe des oppositions, le vin rouge et le fromage en font partie. Notre travail de sommelier est de faire comprendre que 90 % des grands accords avec le fromage se font avec des blancs. Toutes les pates cuites et non cuites, toute la famille des chèvres, des bleus, les brebis et bien d'autres se marient idéalement avec des blancs.

RVF : Pourquoi l'accord blanc et fromage fonctionne-t'il mieux ?

OP : Car les grands accord se reconnaissent dans la persistance. Qu'apprécient ceux qui accompagnent leur fromage de vin rouge ? Ils aiment l'accord guilleret, l'accord de base; on boit du rouge, il dégraisse, les tannins lavent le fromage sur le palais et dès que le vin est avalé, le fromage reprend le dessus. Alors que l'acidité d'un blanc ou sa minéralité, sa tension, iront chercher en persistance les arômes et la rétro-olfaction des saveurs : c'est ce qui fait un grand accord "

Tout ceci pour illustrer une nouvelle rubrique que je vais débuter et que vous retrouverez dans la partie droite du blog à Pages.
Par Christophe Deligny
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Mardi 15 avril 2008 2 15 /04 /Avr /2008 23:49
Une nouvelle sortie dans cette revue magnifique pour les amateurs de grands Bourgogne qui veulent continuer à être à la page dans cette région. Et Dieu sait que cela est necessaire car les domaines y deviennent vite connus et pillés dès qu'ils commencent à faire de la qualité. Vue la demande mondiale qui pourrait acheter beaucoup plus de grands qu'il n'y en a de disponibles, il vaut mieux savoir avant tout le monde :

"Le seul fait d'attribuer un prix arbitrairement élevé à un vin augmente le plaisir de ceux qui le dégustent. Ce sont les conclusions d'une étude californienne conduite par Antonio Rangel, professeur associé d'économie de Californie. Les chercheurs ont demandé à 21 volontaires de tester 5 différentes bouteilles.
Il s'agissait de test à l'aveugle, la seule information fournie étant celle du prix de la bouteille. Les chercheurs leur ont présenté deux fois le même vin, la première fois accompagné du prix réel de la bouteille, la deuxième avec un faux prix. Ils ont aussi fait passer un cabernet sauvignon à 90 dollars pour une bouteille à 10 dollars, et un vin à 5 dollars pour un vin à 45 dollars. L'activité de la partie du cerveau où siège le plaisir, était plus importante sur les vins les plus chers. Le prix, facteur subjectif, a donc un effet réel sur le cerveau, conclut l'étude. De l'importance des dégustations à l'aveugle pour juger de la qualité d'un vin..."

Je rajouterais qu'il ne faut pas dévoiler le prix d'un vin avant de l'avoir bu et jugé sans ce paramêtre. Mais rien de bien étonnant à cela puisque le prix maximum de revient d'une bouteille dans les meilleurs crus en rouge ou en blanc (liquoreux hormis car très chers à produire quand on essaie de faire le maximum) ne dépasse pas 12 ou 13 euros (les premiers crus de Bordeaux compris...). Tous les vins que vous goûtez ne sont pas si éloignés que cela en terme de prix au départ... Il faudrait vraiment être honnête pour ne pas vendre son vin de plus en plus cher surtout s'il est bon.
Par Christophe Deligny
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